Les dates de protection, le 4 octobre 1956 pour la chapelle et le 27 janvier 1962 pour les vestiges du château, viennent de la base Mérimée du ministère de la Culture, code INSEE 26353. La description du village en 1860, l'histoire du pèlerinage et la chronologie des travaux de la chapelle de 1808 à sa fermeture viennent de Wikipédia, article Les Tourrettes, consulté le 13 août 2026, d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de 1891 ; plusieurs de ces points y sont signalés comme demandant une référence et nous le disons. La hauteur de 64 mètres attribuée à la tour du château est signalée par nous comme invraisemblable, et nous expliquons pourquoi. Les distances sont calculées par nous depuis la mairie, moteur OSRM.
Les Tourrettes est un cas d'école : un village qui a quitté sa colline pour la route. Ce qui se visite est en haut, à 1,3 kilomètre du bourg actuel : la chapelle Saint-Didier, seul monument classé de la commune, et les vestiges du château. Tout se regarde de l'extérieur, gratuitement, en une petite heure.
- 12ménages restant dans le village haut en 1860
- 11 févrierla fête locale de saint Didier et son pèlerinage de neuf jours
- 1896l'année où l'on demande la destruction de la chapelle
- 1956l'année où elle est classée monument historique
Le village qui est descendu sur la route
La description de 1860 que rapporte notre source vaut d'être lue en entier, parce qu'elle saisit le village au moment exact où il bascule.
En 1860, le village est encore sur une petite éminence dominant la vallée du Rhône, entouré de vieux remparts ouverts par quatre portes, avec le château surélevé au-dessus des maisons. Mais il n'est plus habité que par douze ménages. À côté, trois hameaux : Le Serre, Saint-Didier et Le Logis-Neuf. Et c'est ce dernier qui l'emporte, pour une raison purement géographique : il est voisin du Rhône, de la route et du chemin de fer. Notre source l'écrit sans détour : il « a supplanté l'ancien village dont les maisons et l'église tombaient en ruines ». La chapelle Saint-Didier est alors devenue l'église paroissiale, faute d'autre chose. Un siècle et demi plus tard, la commune compte 1 087 habitants, tous en bas, et la RN7 puis l'A7 ont pris la suite de la route royale.
Ce n'est pas un cas isolé dans la vallée : Marsanne, Savasse, La Bégude-de-Mazenc et Soyans ont fait le même mouvement. Ce qui distingue Les Tourrettes, c'est la précision de la date et le fait que la cause soit nommée : ce n'est ni la guerre ni la peste, c'est le chemin de fer.
Notre source ajoute une phrase minuscule et parlante : il y avait autrefois aux Tourrettes une étude notariale, qui a été transférée à Lachamp vers 1840. Le notaire est l'indicateur le plus fiable de la vitalité d'un bourg : il ne s'installe que là où il y a des ventes de terres et des successions à écrire. Son départ, vingt ans avant la description de 1860, dit que le mouvement était engagé bien avant que le chemin de fer n'achève l'affaire.
La chapelle Saint-Didier, classée en 1956
Chapelle Saint-Didier
C'est le seul monument classé, protection la plus forte, de la commune. Ses murs font 1,20 mètre d'épaisseur, en bon mortier, avec des ouvertures en pierre d'apparat sur les deux parements. La tradition locale fait remonter l'établissement de l'église au siècle de Charlemagne, sur l'emplacement d'un temple païen, mais notre source signale ce point comme non référencé et nous ne le donnons pas pour établi. Elle a été restaurée et se regarde de l'extérieur.
Les trousseaux d'enfants
Didier fut évêque de Vienne de 596 à 606, et il fut lapidé sur ordre de Brunehilde, reine d'Austrasie. Il est un saint protecteur des enfants, et c'est de là que vient l'usage de cette chapelle.
La chapelle rassemblait de nombreux pèlerins pendant les neuf jours suivant sa fête locale, fixée au 11 février, date qui commémore probablement la translation du corps du saint dans l'église des Saints-Apôtres de Vienne. Les chrétiens venaient placer leurs enfants malades sous sa protection. Et voici la coutume qui rend ce pèlerinage remarquable : les mères de famille avaient l'habitude de laisser à la chapelle un habillement complet de leur enfant malade. Ces « dépouilles » ou « trousseaux d'enfants » étaient ensuite distribués à des familles nécessiteuses domiciliées dans la paroisse. Le vœu au saint et l'aide aux pauvres passaient donc par le même geste, et l'objet de l'offrande était exactement ce dont les pauvres avaient besoin. Notre source signale ce point comme demandant une référence : nous le rapportons parce qu'il est précis et cohérent, pas parce qu'il serait démontré.
De la démolition demandée au garage à corbillard
L'histoire moderne de cette chapelle est une succession de décisions contradictoires, et elle est documentée année par année. Elle mérite un tableau.
| Date | Ce qui se passe |
|---|---|
| 1808 | Des compagnons italiens occultent une partie du chœur par un galandage, peint d'une fresque montrant saint Didier bénissant un enfant présenté par sa mère |
| 1877 | Le chœur est rétabli dans son état d'origine, le galandage de 1808 est détruit, une statue du Sacré-Cœur est installée |
| 1879 | Restauration de la toiture |
| 1880 | Un autel de pierre remplace l'autel de bois, déplacé dans la chapelle latérale de la Vierge |
| Novembre 1882 | On envisage l'agrandissement et la restauration |
| 23 septembre 1883 | Le conseil municipal approuve à une grande majorité : façade remodelée avec deux tourelles, nef agrandie, deux chapelles latérales |
| 1894 | Le projet est abandonné au profit de la construction de l'église actuelle. Les infiltrations d'eau de pluie sont signalées la même année |
| 1896 | Le ministre du culte demande la destruction de la chapelle, puis revient sur sa décision et exige sa fermeture complète |
| 1912 | La chapelle latérale sud, pratiquement en ruine, est aménagée en garage pour le corbillard de la commune |
| 4 octobre 1956 | Classement au titre des monuments historiques |
| Fin du 20e siècle | Fermeture définitive par le curé de la paroisse, pour insalubrité |
En vingt ans, entre 1877 et 1896, la même chapelle est restaurée, dotée d'un autel neuf, promise à un agrandissement voté par le conseil municipal, abandonnée, puis promise à la démolition. Ce qui bascule en 1894, c'est le choix de bâtir une église neuve en bas, au Logis-Neuf, là où sont désormais les habitants : elle sera consacrée le 25 septembre 1892 sous le vocable de Saint-Antoine-de-Padoue. La chapelle du 12e siècle, devenue inutile, est fermée, puis sa nef latérale sert de garage à corbillard. Il aura fallu soixante ans de plus pour qu'on la classe. C'est l'histoire ordinaire du patrimoine rural français, et elle est ici documentée avec une précision rare.
Le château, et sa tour de 64 mètres qui n'existe pas
La même description de 1860 donne du château un portrait détaillé : il est surélevé par rapport aux maisons, flanqué d'une tour carrée à doubles fenêtres ogivales, entourée de quinze à vingt meurtrières, et ses armoiries ont été mutilées. Un seul chiffre pose problème.
La description attribue à cette tour 64 mètres de haut. Ce chiffre ne tient pas, et il suffit d'une comparaison pour s'en convaincre : le donjon de Crest, à trente kilomètres de là, est présenté partout comme le plus haut donjon de France, et il mesure 52 mètres. Une tour de 64 mètres aux Tourrettes serait donc plus haute que le plus haut donjon du pays, dans un village dont personne n'a jamais parlé pour cela. L'explication la plus probable est une confusion d'unité, l'ancienne mesure en pieds donnant un ordre de grandeur crédible, ou une erreur de transcription. Nous citons la source, mais nous refusons de reprendre le chiffre : c'est exactement le genre de donnée qu'on recopie de site en site jusqu'à ce qu'elle devienne un fait.
Les vestiges du château sont inscrits monument historique le 27 janvier 1962, datés des 12e et 16e siècles, et en propriété privée. Ils ont été partiellement rénovés et se voient depuis la route. Autour subsistent les vestiges de l'enceinte médiévale du castrum, en position dominante. Trois sommets nommés encadrent le site : Moëllant, Serre Rosier et Serre la Trappe du Loup.
La carte des lieux
Les points ci-dessous sont ceux que nous avons pu situer avec certitude. Les vestiges de l'enceinte du castrum et les trois hameaux historiques, Le Serre, Saint-Didier et Le Logis-Neuf, ne sont pas cartographiés individuellement faute de limites vérifiables.
Cliquez sur un point pour voir le nom du lieu et ce qu'il faut en savoir. Fond de carte OpenStreetMap.
Venir aux Tourrettes
La commune est sur l'axe rhodanien, à dix-huit minutes de Montélimar et vingt-huit de Valence. Elle est traversée par la RN7 et par l' A7, et son territoire était déjà parcouru par la Via Agrippa à l'époque gallo-romaine : trois routes superposées sur deux mille ans, au même endroit, pour la même raison.
| Destination | Distance | Temps |
|---|---|---|
| La chapelle Saint-Didier et le château | 1,3 km | 4 min |
| La Coucourde (limitrophe) | 3,8 km | 7 min |
| Saulce-sur-Rhône (limitrophe) | 6,0 km | 9 min |
| Condillac (limitrophe) | 7,3 km | 12 min |
| Loriol-sur-Drôme, ville de référence | 11,7 km | 17 min |
| Montélimar | 14,4 km | 18 min |
| Mirmande (limitrophe) | 10,6 km | 26 min |
| Valence | 36,3 km | 28 min |
| Gare de Valence TGV | 47,1 km | 35 min |
La mairie ouvre du lundi au mardi et du jeudi au vendredi, de 8h à 13h30, jamais le mercredi ni l'après-midi. Il n'y a ni office de tourisme ni billetterie. Le village d'en bas dispose d'un parc de Blomard et d'une place centrale ; pour la chapelle et le château, il faut monter par la route de Saint-Didier, où un calvaire jalonne le parcours. La chapelle étant fermée, renseignez-vous en mairie si vous souhaitez la voir de l'intérieur.
Questions fréquentes
Pourquoi la chapelle classée est-elle loin du village ?
Parce que le village a déménagé. En 1860, Les Tourrettes tenait encore sur son éminence, entouré de remparts percés de quatre portes, mais il n'y restait que douze ménages. Le hameau du Logis-Neuf, en bas, au bord du Rhône, de la route royale et du chemin de fer, a supplanté l'ancien village dont les maisons et l'église tombaient en ruines. Le bourg d'aujourd'hui est en bas, la chapelle du 12e siècle est restée à l'écart.
Peut-on visiter la chapelle Saint-Didier ?
Elle a été définitivement fermée à la fin du 20e siècle par le curé de la paroisse en raison de son insalubrité, et notre source ne mentionne aucune réouverture. Elle a été restaurée et se regarde de l'extérieur, en accès libre. C'est pourtant le seul monument classé de la commune, protégé depuis le 4 octobre 1956 et propriété de la commune. Renseignez-vous en mairie avant de compter entrer.
Qui était saint Didier, et pourquoi cette chapelle ?
Didier fut évêque de Vienne de 596 à 606, et il fut lapidé sur ordre de Brunehilde, reine d'Austrasie. Il est un saint protecteur des enfants, et c'est ce qui explique le pèlerinage : pendant les neuf jours suivant sa fête locale du 11 février, les familles venaient placer leurs enfants malades sous sa protection.
Qu'est-ce que les « trousseaux d'enfants » de Saint-Didier ?
Une coutume qui mérite d'être connue. Les mères de famille avaient l'habitude de laisser à la chapelle un habillement complet de leur enfant malade. Ces vêtements, appelés dépouilles ou trousseaux d'enfants, étaient ensuite distribués aux familles nécessiteuses de la paroisse. Le pèlerinage servait donc en même temps de circuit d'entraide : on offrait au saint, et le saint redistribuait aux pauvres.
Le château a-t-il vraiment une tour de 64 mètres ?
Non, et c'est une donnée qu'il faut corriger. Une description de 1860 attribue au château une tour carrée de 64 mètres de haut. Or le donjon de Crest, présenté partout comme le plus haut de France, mesure 52 mètres. Une tour de 64 mètres dans un village de la vallée du Rhône serait la plus haute du pays, et personne ne le sait : le chiffre est très probablement erroné, ou exprimé dans une autre unité. Nous le citons en signalant qu'il ne tient pas.
Que reste-t-il du château ?
Des vestiges, en propriété privée, inscrits monument historique le 27 janvier 1962 et datés des 12e et 16e siècles. Les ruines ont été partiellement rénovées et se voient depuis la route. La description de 1860 mentionne une tour carrée à doubles fenêtres ogivales, entourée de quinze à vingt meurtrières, et des armoiries mutilées.
Que voir dans le village d'aujourd'hui ?
Peu de choses, et il vaut mieux le savoir : l'église Saint-Antoine-de-Padoue du Logis-Neuf, consacrée le 25 septembre 1892, une place centrale, un parc et le calvaire sur la route de la chapelle. Les Tourrettes est aujourd'hui une commune de bord de route, coupée par la RN7 et par l'A7. L'intérêt est en amont, sur la colline.
Nos sources
- Classement de la chapelle Saint-Didier le 4 octobre 1956, datation du 12e siècle et propriété communale ; inscription des vestiges du château des Tourettes le 27 janvier 1962, datation des 12e et 16e siècles et propriété privée : base Mérimée, ministère de la Culture, code INSEE 26353. https://ministere-culture.s3.sbg.io.cloud.ovh.net/POP/merimee.csv
- Description du village en 1860, remparts à quatre portes, douze ménages, trois hameaux et supplantation par le Logis-Neuf, transfert de l'étude notariale vers 1840, saint Didier évêque de Vienne de 596 à 606 lapidé sur ordre de Brunehilde, fête locale du 11 février et pèlerinage de neuf jours, coutume des trousseaux d'enfants, murs de 1,20 m, travaux de 1808 à 1912, demande de destruction de 1896, aménagement en garage à corbillard en 1912, fermeture de fin de 20e siècle, consécration de l'église du Logis-Neuf le 25 septembre 1892, Via Agrippa : Wikipédia, article Les Tourrettes, consulté le 13 août 2026, d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de J. Brun-Durand (1891). Plusieurs de ces points y sont signalés comme demandant une référence et nous le disons. https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Tourrettes
- Hauteur de 52 mètres du donjon de Crest, présenté comme le plus haut donjon de France, qui sert de point de comparaison à notre mise en doute des 64 mètres attribués à la tour des Tourrettes : site officiel de la tour de Crest, consulté le 13 août 2026. https://www.tour-de-crest.fr/
- Horaires de la mairie, position de la chapelle, du château, de l'église Saint-Antoine-de-Padoue, du calvaire, du parc de Blomard et des trois sommets nommés : OpenStreetMap, relevé par nous le 13 août 2026. Distances : moteur OSRM. https://www.openstreetmap.org/copyright
Ce que nous refusons de reprendre : les 64 mètres attribués à la tour carrée du château par une description de 1860, qui feraient d'elle la plus haute tour de ce type en France sans que personne ne l'ait jamais signalé. Nous citons la source et nous disons pourquoi le chiffre ne tient pas. Ce que nous n'avons pas pu vérifier : l'état d'ouverture actuel de la chapelle, fermée à la fin du 20e siècle pour insalubrité, et dont nous n'avons trouvé aucune trace de réouverture. Enfin, l'origine carolingienne de la chapelle et son implantation sur un temple païen sont signalées comme non référencées par notre source : nous ne les présentons pas comme établies. Signalez-nous une erreur si vous constatez un écart.
