Il y a deux villages ici, et il faut les faire tous les deux. En bas, une commune vivante de mille sept cent quatre-vingts habitants, avec ses commerces et le parc d'un président de la République. En haut, à un kilomètre, un village médiéval perché complet, avec porte, beffroi et église fortifiée, où l'on marche gratuitement.
- 1894l'année où le chef-lieu descend de la colline
- 1320la ruine de l'ancienne place forte des Templiers
- 0monument historique protégé sur toute la commune
- 1 kmentre la mairie d'en bas et le village d'en haut
Le vieux village perché de Châteauneuf-de-Mazenc
Un village médiéval surélevé, complet dans son dessin, avec des restes d'enceinte et trois portes, un beffroi restauré au 20e siècle, une église fortifiée, des ruelles en calade, et les vestiges d'un château fort détruit à la fin des guerres de Religion. Il est à un kilomètre de la mairie, deux minutes de voiture, et il se parcourt entièrement à pied.
La base des monuments historiques ne recense aucune protection sur le territoire de la commune. Ni le beffroi, ni la porte, ni l'enceinte, ni l'église fortifiée, ni la chapelle du 12e siècle. À dix minutes de là, Le Poët-Laval, qui est le même genre de village perché, est classé parmi les plus beaux villages de France. Châteauneuf-de-Mazenc n'a rien. Cela ne dit rien de sa qualité, seulement qu'aucune procédure n'a jamais été engagée.
L'église Saint-Pierre-aux-Liens a été bâtie en 1400, à l'intérieur du rempart, pour remplacer une église plus ancienne restée hors les murs. Son clocher date de 1478, et l'inventaire départemental conserve le fac-similé du parchemin qui en est le marché de travaux, ce qui est rare à cette échelle. À l'intérieur, la tribune de 1668 a été construite par et pour les pénitents du Saint-Sacrement, et elle a gardé son mobilier d'origine. S'y ajoutent une grotte de Lourdes, comme dans beaucoup de villages drômois de la fin du 19e siècle, et un petit musée dont aucun horaire n'est publié.
L'histoire militaire du lieu commence plus tôt. Le site est donné pour une ancienne place forte des Templiers, ruinée en 1320, huit ans après la suppression de l'ordre. La tradition est constante là-dessus, sans qu'un document d'archives vienne la confirmer.
Le chef-lieu est descendu de la colline en 1894
Voici le fait qui structure toute la commune. En 1891, le Dictionnaire topographique de la Drôme décrit encore La Bégude comme « un village de la commune de Châteauneuf-de-Mazenc ». Trois ans plus tard, en 1894, la commune change de chef-lieu. Châteauneuf est délaissé au profit de La Bégude, qui prend le nom de La Bégude-de-Mazenc et donne son nouveau nom à la commune entière.
C'est le même mouvement qu'à Allan, où la Bégude locale a supplanté le village perché en 1857, ou qu'à Marsanne, avec ses deux villages superposés. La raison est toujours la même. Au 19e siècle, la richesse passe de la défense à la circulation. Un village perché protège ; un village au bord de la route commerce. La différence avec Allan, c'est qu'ici le village d'en haut n'a pas été démonté. Il a été laissé debout, puis restauré. C'est pourquoi il se visite encore.
Un village qui porte le nom d'une buvette
Bégude vient de l'occitan beguda, participe passé substantivé du verbe beure, boire. Le mot désigne l'endroit où l'on boit, la buvette, et plus précisément une buvette « généralement avant un effort comme une côte à gravir ». C'est exactement la situation du lieu, au pied de la montée vers Châteauneuf, et il servait d'arrêt aux diligences.
Le nom est attesté au pluriel. Las Bégurs en 1528, Les Begudes en 1566. Il y avait donc plusieurs relais, pas un seul. C'est un toponyme fonctionnel, comme il en existe des dizaines dans le Midi, et il s'est trouvé promu nom de commune par un vote municipal de 1894. Peu de communes de France portent aussi littéralement le nom de leur activité économique d'origine.
Le parc d'un président de la République
Émile Loubet, né à Marsanne le 30 décembre 1838 et mort à Montélimar le 20 décembre 1929, a été président de la République du 18 février 1899 au 18 février 1906. Il avait sa résidence secondaire à La Bégude-de-Mazenc, dans une maison forte médiévale du Mas reconstruite au 17e ou au 18e siècle, qui porte depuis son nom.
Son nom est resté à quatre endroits du village, le château, le parc, la fontaine et la place du marché, place Émile-Loubet. Pour le visiteur, la distinction compte. Le parc est ouvert au public, arboré, avec un plan d'eau, des jeux et des tables, et c'est le grand agrément du village bas. Le château, lui, est une propriété privée et ne se visite pas. On lit souvent qu'il aurait été donné à la commune ; aucun acte ne vient l'établir, et il ne lui appartient pas aujourd'hui.
La commune a aussi accueilli un Foyer international d'études françaises et organise une exposition des métiers d'art, sculpture et tissage. Elle est décrite comme station climatique, un statut administratif ancien qui reconnaissait la salubrité de l'air, le même que revendiquait Dieulefit, à treize minutes.
Pas un seul monument protégé sur la commune
Il vaut la peine de s'arrêter sur ce point, parce qu'il est contre-intuitif. Une protection au titre des monuments historiques n'est pas un label de qualité, c'est une procédure, qui commence par une demande, passe par une commission régionale, et aboutit à un arrêté. Un édifice remarquable dont personne n'a jamais fait la demande reste non protégé, quelle que soit sa valeur.
La conséquence est concrète. Sur cette commune, l'État ne finance rien et n'autorise rien au titre du patrimoine, et les travaux ne passent pas devant un architecte des bâtiments de France au titre d'un classement. L'entretien du beffroi, des remparts et de l'église fortifiée repose donc entièrement sur la commune et sur des bénévoles. C'est ce qui explique que le beffroi ait dû être restauré au 20e siècle et que le château fort, lui, soit resté en vestiges.
Le référentiel national des espaces protégés ne rend rien non plus sur la commune, ni parc naturel régional, ni Natura 2000, ni ZNIEFF, ni réserve. La commune n'a donc aucune protection d'aucune sorte, patrimoniale ou naturelle, sur ses vingt-quatre kilomètres carrés. Elle en compte pourtant dix sommets nommés, du Fort Barrau à la Grande Pigne, qui culmine à 404 mètres, et un belvédère d'Aleyrac au sud.
La règle locale que personne ne lit
Pour quiconque possède ou loue ici, la commune rappelle une obligation. Pour prévenir le risque d'incendie, le débroussaillement des terrains est obligatoire chaque année avant le 15 mai.
L'obligation porte sur les zones situées à moins de 200 mètres d'un terrain en nature de bois, forêt ou plantation. Elle impose de débroussailler dans un rayon de 50 mètres autour de toute construction, et la commune précise un point souvent ignoré, ce rayon vaut même s'il dépasse les limites de votre propriété. S'y ajoute une bande de 10 mètres de part et d'autre de toute voie d'accès à une construction. Ce n'est pas une recommandation mais une obligation légale, et elle vaut sur une grande partie de la Drôme provençale.
La carte des lieux
Aucun point de cette carte ne vient d'une base patrimoniale, pour la raison dite plus haut, il n'y a rien de protégé ici. Le château Loubet n'y figure pas non plus, faute d'une position qui le distingue clairement du parc qui porte le même nom.
Cliquez sur un point pour voir le nom du lieu et ce qu'il faut en savoir. Fond de carte OpenStreetMap.
Venir à La Bégude-de-Mazenc
La commune est sur la route de Montélimar à Dieulefit, ce qui est toute son histoire. C'est une commune de passage, et elle l'a toujours été. Montélimar est à vingt-deux minutes, Dieulefit à treize, et Le Poët-Laval, l'autre village perché du secteur, à huit minutes seulement.
| Destination | Distance | Temps |
|---|---|---|
| Châteauneuf-de-Mazenc (même commune) | 1,0 km | 2 min |
| Le Poët-Laval | 6,5 km | 8 min |
| Pont-de-Barret | 10,4 km | 13 min |
| Dieulefit | 11,7 km | 13 min |
| Marsanne | 14,5 km | 20 min |
| Montélimar | 17,0 km | 22 min |
| Taulignan | 17,1 km | 21 min |
| Grignan | 18,8 km | 22 min |
| Bourdeaux | 14,2 km | 26 min |
| Crest | 28,1 km | 34 min |
La journée la plus cohérente combine les deux villages perchés du secteur : Châteauneuf-de-Mazenc le matin, gratuit et sans monde, puis Le Poët-Laval à huit minutes, plus connu et plus fréquenté. Le second a la commanderie et le classement ; le premier a le silence.
Questions fréquentes
Que veut dire le nom La Bégude-de-Mazenc ?
Bégude vient de l'occitan beguda, participe passé substantivé du verbe boire : c'est l'endroit où l'on boit, la buvette, en général avant un effort comme une côte à gravir. Le village servait d'arrêt aux diligences au pied de la montée vers Châteauneuf. Mazenc vient de l'ancien nom de la commune, Châteauneuf-de-Mazenc. Le nom entier signifie donc à peu près : le relais de Mazenc.
Pourquoi la commune a-t-elle changé de nom en 1894 ?
Parce qu'elle a changé de chef-lieu. Jusqu'en 1894, la commune s'appelait Châteauneuf-de-Mazenc, du nom du vieux village perché, et La Bégude n'en était qu'un hameau. Cette année-là, le chef-lieu est transféré en bas, au bord de la route : La Bégude devient La Bégude-de-Mazenc et donne son nouveau nom à la commune entière.
Peut-on visiter le vieux village de Châteauneuf-de-Mazenc ?
Oui, il se parcourt à pied librement. Il est à un kilomètre et deux minutes de voiture de la mairie, mais bien au-dessus : c'est un village médiéval perché, avec des ruelles pavées, des restes d'enceinte, une porte, un beffroi restauré au 20e siècle et une église fortifiée. Rien n'y est protégé au titre des monuments historiques, et rien n'y est payant.
Quel rapport entre La Bégude-de-Mazenc et un président de la République ?
Émile Loubet, président de la République de 1899 à 1906, né à Marsanne et mort à Montélimar, y avait sa résidence secondaire. Son nom est resté au château, au parc, à la fontaine et à la place du marché. Attention à ne pas confondre les deux, car le parc est ouvert au public quand le château est une propriété privée qui ne se visite pas.
Y a-t-il un monument historique à La Bégude-de-Mazenc ?
Aucun. La base Mérimée du ministère de la Culture ne recense aucune protection sur la commune, ce qui est étonnant pour un village médiéval perché complet avec son enceinte, sa porte et son église fortifiée. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a rien à voir, mais que rien n'est protégé, et donc que rien n'est entretenu au titre de l'État.
Quand se tient le marché de La Bégude-de-Mazenc ?
Tous les mardis de 8h à 12h30, place Émile-Loubet, toute l'année, avec des maraîchers et des fromagers. Le parc Émile-Loubet est juste à côté, ce qui rend la matinée facile avec des enfants. La fête communale a lieu le premier dimanche et le premier lundi d'août. La mairie est ouverte le lundi après-midi, les mardi, mercredi et vendredi matin, et le samedi matin.
Nos sources
- Absence de tout monument protégé sur la commune : base Mérimée, ministère de la Culture, aucune notice pour le code INSEE 26045. https://ministere-culture.s3.sbg.io.cloud.ovh.net/POP/merimee.csv
- Attestations de 1528 et 1566, étymologie occitane de Bégude, arrêt de diligences, changement de chef-lieu en 1894, place forte templière ruinée en 1320, description de Châteauneuf-de-Mazenc et de ses édifices, château et parc Émile-Loubet, Foyer international d'études françaises, statut de station climatique, marché et fête, obligations de débroussaillement : Wikipédia, article La Bégude-de-Mazenc, consulté le 13 août 2026, d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de J. Brun-Durand, 1891. Plusieurs de ces points y sont donnés sans référence, et le texte le signale. https://fr.wikipedia.org/wiki/La_B%C3%A9gude-de-Mazenc
- Absence de tout zonage de protection de la nature : référentiel des espaces protégés, apicarto de l'IGN, consulté le 13 août 2026. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
- Position du beffroi, de l'ancienne église Saint-Pierre, de la chapelle, du belvédère d'Aleyrac, sommets nommés et altitudes, horaires de la mairie : OpenStreetMap, relevé le 13 août 2026. Distances : moteur OSRM. https://www.openstreetmap.org/copyright
- Jour et horaires du marché hebdomadaire, place Émile-Loubet : office de tourisme du pays de Dieulefit-Bourdeaux, consulté le 11 septembre 2026. https://www.dieulefit-tourisme.com/fete-manifestation/marche-hebdomadaire-du-mardi/
- Datation de l'église Saint-Pierre-aux-Liens, clocher de 1478 et son marché de travaux, tribune des pénitents de 1668, statut privé du château Loubet : inventaire du patrimoine du département de la Drôme, consulté le 11 septembre 2026. https://cartepatrimoine.ladrome.fr/notice-1295
- Trois portes, calades, parc ouvert au public : office de tourisme du pays de Dieulefit-Bourdeaux, consulté le 11 septembre 2026. https://www.dieulefit-tourisme.com/notre-destination/nos-villages/la-begude-de-mazenc/
- Dates de la présidence d'Émile Loubet, du 18 février 1899 au 18 février 1906, naissance à Marsanne et mort à Montélimar : Wikipédia, article Émile Loubet. https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89mile_Loubet
La place forte templière et la donation d'Émile Loubet relèvent de la tradition locale, sans document d'archives à l'appui. Le musée du vieux village ne publie ni horaire ni tarif. Signalez-nous une erreur si vous constatez un écart.
