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Bathernay

Deux cent vingt et un habitants, cinq kilomètres carrés et demi, et deux immeubles protégés : une église classée dès 1921 et un presbytère du XIIIe siècle. C'est aussi le village dont une famille a pris le nom pour le porter à la cour : Imbert de Batarnay, né ici vers 1438, fut le conseiller de Louis XI, Charles VIII, Louis XII et François Ier. Et sous la roche, on habite encore la molasse.

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Comment cette page est faite

Les deux protections au titre des monuments historiques sont extraites par nous de l'export officiel de la base Mérimée, avec leurs références, leurs dates d'arrêté et l'étendue exacte de la protection : c'est la seule liste qui fasse foi, et elle ne dit pas la même chose que les sites d'annuaire. Nous signalons aussi une divergence entre le nom d'un fichier photographique et sa légende, parce qu'elle porte sur l'identité d'un bâtiment. Distances routières calculées depuis la mairie.

Bathernay tient sur une croupe de la Drôme des collines, entre 267 et 466 mètres, au-dessus du ruisseau du Valet qui rejoint l'Herbasse. C'est l'une des plus petites communes du département par la superficie, et l'une des plus denses en histoire : un domaine gallo-romain attesté en 942, un prieuré dépendant de l'abbaye de Romans, une église romane classée il y a plus d'un siècle, et un nom qui a fini dans les conseils du roi.

  • 4rois de France conseillés par Imbert de Batarnay
  • 1921classement de l'église, l'un des plus anciens du département
  • 942première mention écrite, villa de Basternaco
  • 24 avrildate fixe de la foire annuelle
L'église Saint-Étienne de Bathernay, son clocher carré massif, son oculus trilobé et le cimetière attenant
L'église Saint-Étienne et son clocher carré massif, percé d'abat-son. Au-dessus du portail, un oculus trilobé ; à droite, le cimetière qui la borde. Classée monument historique depuis 1921. Photo FredSeiller, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le domaine de Basterna

Le nom de Bathernay est un nom de propriétaire. Les toponymistes y lisent un anthroponyme, Basterna, suivi du suffixe -acum qui sert, en Gaule romaine, à former les noms de domaines. Bathernay, c'est littéralement le domaine de Basterna. Il y en a des milliers en France, terminés en -ac, -ay, ou -y selon les régions.

Les mentions écrites suivent : villa de Basternaco en 942, Basternay en 1095, Batarnay en 1386. On voit la graphie hésiter pendant quatre siècles, puis se dédoubler : le village gardera Bathernay avec un h, la famille noble partira avec Batarnay. Aujourd'hui encore, chercher l'un dans un moteur de recherche renvoie surtout l'autre.

Imbert de Batarnay, l'homme de quatre rois

C'est l'histoire la plus improbable de cette page, et elle est vérifiable. Vers 1438 naît, probablement ici, Imbert de Batarnay, fils d'Arthaud de Batarnay et de Catherine de Gaste, d'une maison noble dauphinoise. Adolescent, il est remarqué par le futur Louis XI, alors dauphin exilé en Dauphiné.

Cinquante ans au sommet, sous quatre règnes

Devenu chambellan et conseiller de Louis XI, Imbert de Batarnay conserve les mêmes fonctions sous Charles VIII, sous Louis XII et sous François Ier. Traverser quatre règnes sans tomber, dans un siècle où l'on se fait décapiter pour moins que cela, est en soi un exploit politique. En échange de cette fidélité, les rois le font propriétaire ou régisseur de seigneuries et de châtellenies dans de nombreuses provinces. Il meurt le 12 mai 1523 à Montrésor, en Touraine, à environ quatre-vingt-cinq ans.

On l'appelait Monsieur du Bouchage, du nom de l'un de ses domaines dauphinois, et c'est sous ce nom qu'il apparaît dans les chroniques. Mais le nom de famille qu'il portait, celui qui figure sur les actes, est celui de ce village de deux cent vingt et un habitants.

Ce que nous ne prétendons pas

Notre source écrit qu'il est né « probablement » à Bathernay, et nous reprenons ce « probablement ». Il n'y a pas d'acte de naissance au XVe siècle : ce qui est certain, c'est le nom de la famille et son enracinement dauphinois. Nous n'avons pas trouvé non plus de trace bâtie d'une demeure familiale sur la commune, et nous ne désignons donc aucun bâtiment comme « le château des Batarnay ».

L'église Saint-Étienne, classée en 1921

L'église est le monument du village, et sa protection est remarquablement ancienne.

Les deux immeubles protégés de Bathernay, extraits par nous de l'export officiel de la base Mérimée du ministère de la Culture, le 25 août 2026.
ÉdificeRéférenceDatationProtection
Église Saint-ÉtiennePA00116887 XIIe, XVe et XVIe siècles Classée MH, arrêté du 19 septembre 1921. Propriété de la commune
PresbytèrePA00116888 XIIIe siècle Inscrit MH partiellement, arrêté du 6 février 1981. Propriété de la commune

Un classement de 1921 n'a rien d'anodin. C'est le degré de protection le plus élevé, et à cette date les commissions ne classaient que ce qu'elles jugeaient d'intérêt national. Pour situer : la loi de référence sur les monuments historiques date de 1913, et Bathernay est protégé huit ans après.

Sur place, l'édifice se lit facilement. Un clocher carré massif, percé d'abat-son sur ses quatre faces, planté au-dessus du chœur. Une nef basse couverte de tuiles canal. Un oculus trilobé au-dessus du portail ouest. Des contreforts plats. Certaines sources font remonter le chœur beaucoup plus haut que le XIIe siècle, jusqu'au IXe ou au XIe ; la fiche officielle, elle, retient XIIe, XVe et XVIe. Nous donnons les deux lectures et nous nous en tenons à la fiche pour la datation.

L'église desservait un prieuré dépendant de l'abbaye de Romans. C'est le schéma classique de la Drôme des collines : les grandes abbayes de la vallée tenaient des petits établissements de crête, qui vivaient de la dîme et des terres.

Le presbytère, ou les restes du château

À côté de l'église se dresse un bâtiment carré, haut, aux murs de galets et de pierre de taille, percé d'une fenêtre géminée à arcs brisés qui ne laisse aucun doute sur son âge : c'est du gothique, cohérent avec la datation du XIIIe siècle retenue par la fiche officielle.

Le bâtiment du XIIIe siècle près de l'église de Bathernay, sa fenêtre géminée gothique et ses murs de galets
Le bâtiment du XIIIe siècle qui jouxte l'église : fenêtre géminée à arcs brisés en haut à droite, baie étroite en façade, murs mêlant galets roulés et pierre de taille. Photo Gachepi, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.
Presbytère ou château ? Les sources divergent

La fiche officielle des monuments historiques appelle ce bâtiment « presbytère » et l'inscrit partiellement en 1981. Le photographe qui a publié cette image la légende, lui, comme les « restes de l'ancien château situés près de l'église ». Les deux ne sont pas forcément contradictoires : une maison forte du XIIIe siècle réaffectée en presbytère après la Révolution est un cas fréquent. Nous signalons la divergence plutôt que de trancher à la place des archéologues.

Habiter la molasse

Voici ce qu'on ne trouve dans aucun guide sur ce village. Bathernay est bâti dans la molasse, ce grès tendre, jaune pâle, qui forme tout le socle de la Drôme des collines. C'est une roche assez dure pour tenir, assez tendre pour se creuser à la pioche. Et ici, on ne s'en est pas privé.

Maison troglodyte de Bathernay adossée sous un auvent de molasse, dont la roche forme la toiture
Une maison du village construite sous un auvent de molasse : le mur de galets et de pierre ferme simplement l'espace, et c'est la roche qui fait le toit. Photo Gachepi, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

Le principe est simple et il est vieux comme le pays : on repère un surplomb naturel, on maçonne une façade dessous, on perce une porte et deux fenêtres, et on a une maison dont le plafond ne coûte rien et qui reste fraîche en été. C'est la même roche et le même geste que les baumes de Châteauneuf-sur-Isère, creusées en caves et en ateliers, et que les carrières souterraines qui servirent de dépôts militaires pendant l'Occupation, à quelques kilomètres de Beaumont-Monteux.

Ne cherchez pas un village troglodyte : ce n'en est pas un. Ce sont quelques maisons du bourg qui exploitent la roche, et la plus visible se voit depuis la route en montant vers l'église. Regardez les toitures : quand il n'y a pas de tuiles, c'est que la falaise fait le travail.

Les collines drômoises, et rien d'autre

Nous avons interrogé les couches de protection de la nature en deux points de la commune, le bourg et le Mont Froid. Le résultat est identique et il est sobre : une seule zone, d'inventaire, qui s'appelle « Collines drômoises », de type 2, c'est-à-dire un grand ensemble fonctionnel sans effet réglementaire direct. Ni parc, ni site Natura 2000, ni réserve.

Le relief tient en deux buttes qui portent des noms parlants et qui se répondent : le Mont Ventefort au sud-ouest du bourg, doublé d'un point de vue, et le Mont Froid au nord. Deux autres points de vue sont recensés sur la commune, ce qui, pour cinq kilomètres carrés et demi, fait une densité de belvédères respectable. Trois croix de chemin jalonnent les voies communales.

Le village aujourd'hui

L'agriculture y était décrite, dans les années quatre-vingt-dix, comme reposant sur les céréales, les asperges, les bovins et les caprins. L'asperge n'est pas un détail : les sols sableux issus de la molasse lui conviennent, et c'est une production historique de ce coin de la Drôme des collines, à côté de la noix et de la volaille.

Une foire annuelle se tient le 24 avril. Une date fixe, et non un dimanche mobile : c'est la marque des foires anciennes, calées sur le calendrier des saints plutôt que sur le confort des visiteurs.

La courbe de population mérite d'être lue en entier. Bathernay comptait 318 habitants en 1851, 150 en 1954, 251 en 2010, et 221 aujourd'hui. Le village a donc perdu plus de la moitié de ses habitants, en a regagné les deux tiers, et en reperd depuis quinze ans, avec une baisse d'environ 13 % sur les six dernières années recensées. Sur une commune de cette taille, cela représente une trentaine de personnes : une dizaine de foyers. C'est ce qui rend les pourcentages trompeurs pour les très petites communes, et c'est pourquoi nous donnons les effectifs.

La mairie ouvre le lundi de 13 h à 18 h et le jeudi de 14 h à 18 h. Il n'y a ni commerce ni école : pour tout, c'est Charmes-sur-l'Herbasse à sept minutes ou Saint-Donat-sur-l'Herbasse à onze.

La carte des lieux

Les points ci-dessous sont ceux dont nous avons la position vérifiée. Cliquez sur un point pour voir le détail. Fond de carte OpenStreetMap.

Le presbytère n'a pas de point : la fiche officielle du monument ne porte pas de coordonnées, et nous ne plaçons pas un marqueur au jugé sur un immeuble protégé. Il se trouve immédiatement à côté de l'église.

Venir à Bathernay

Bathernay est à l'écart de tout axe, ce qui explique à la fois son calme et sa conservation. Aucune route importante ne traverse la commune, et les vitesses moyennes du tableau ci-dessous, toutes comprises entre trente et cinquante kilomètres à l'heure, disent un réseau entièrement départemental.

Distances routières calculées par nous avec le moteur OSRM depuis la mairie de Bathernay, le 25 août 2026.
DestinationDistanceTemps
Marges4,2 km8 min
Charmes-sur-l'Herbasse4,4 km7 min
Montchenu4,8 km9 min
Saint-Donat-sur-l'Herbasse7,2 km11 min
Le Chalon7,3 km10 min
Hauterives12,0 km18 min
Romans-sur-Isère18,2 km23 min
Tain-l'Hermitage21,4 km28 min
Saint-Vallier21,7 km30 min
Gare de Valence TGV28,6 km35 min
Valence32,7 km41 min

Pour prolonger : Hauterives et le palais idéal du facteur Cheval à dix-huit minutes, Saint-Donat-sur-l'Herbasse et sa collégiale à onze, et la rubrique Drôme des collines pour tout le plateau.

Questions fréquentes

Qui était Imbert de Batarnay ?

Le conseiller de quatre rois de France. Né vers 1438, probablement ici, fils d'Arthaud de Batarnay et de Catherine de Gaste, il est remarqué adolescent par le futur Louis XI, devient son chambellan, et conserve les mêmes fonctions sous Charles VIII, Louis XII et François Ier. Il est mort le 12 mai 1523 à Montrésor, en Touraine. On l'appelait « Monsieur du Bouchage », du nom d'un de ses domaines.

L'église de Bathernay est-elle protégée ?

Oui, et depuis longtemps : l'église Saint-Étienne est classée monument historique par arrêté du 19 septembre 1921, ce qui en fait l'un des classements les plus anciens du département. Elle est propriété de la commune. Le presbytère, du XIIIe siècle, est inscrit partiellement depuis le 6 février 1981. Deux immeubles protégés pour 221 habitants.

Y a-t-il vraiment des maisons troglodytes à Bathernay ?

Oui. Le village est bâti dans la molasse, ce grès tendre de la Drôme des collines, et au moins une maison utilise l'auvent rocheux comme toiture : le mur de pierre ferme simplement l'espace sous la roche. C'est la même matière que les baumes de Châteauneuf-sur-Isère, creusées en caves et en ateliers.

Que veut dire le nom Bathernay ?

C'est un nom de domaine gallo-romain : un nom de personne, Basterna, suivi du suffixe de lieu -acum, autrement dit « le domaine de Basterna ». Les formes anciennes le confirment : villa de Basternaco en 942, Basternay en 1095, Batarnay en 1386. La graphie du village et celle de la famille se sont séparées en route.

Quand a lieu la foire de Bathernay ?

Le 24 avril, chaque année. C'est une date fixe, pas un dimanche mobile, ce qui est la marque des foires anciennes calées sur un saint. Renseignez-vous auprès de la mairie avant de vous déplacer : dans une commune de cette taille, les traditions se maintiennent mais les formats changent.

Le village se dépeuple-t-il ?

Il remonte puis redescend. De 318 habitants en 1851, Bathernay est tombé à 150 en 1954, puis remonté à 251 en 2010. Il en compte 221 aujourd'hui, soit une baisse d'environ 13 % en six ans. Sur un village de cette taille, cela représente une trentaine de personnes, c'est-à-dire une dizaine de foyers : la démographie d'un petit village se joue à quelques déménagements près.

Nos sources

  • Fiches des deux immeubles protégés : église Saint-Étienne, référence PA00116887, datée XIIe, XVe et XVIe siècles, classée par arrêté du 19 septembre 1921, propriété de la commune ; presbytère, référence PA00116888, XIIIe siècle, inscrit partiellement par arrêté du 6 février 1981, propriété de la commune. Extraites par nous de l'export officiel de la base Mérimée du ministère de la Culture, le 25 août 2026. https://www.pop.culture.gouv.fr/
  • Étymologie sur l'anthroponyme Basterna et le suffixe -acum, formes anciennes de 942, 1095 et 1386, chœur donné pour les IXe à XIe siècles par certaines sources, clocher carré massif, prieuré dépendant de l'abbaye de Romans, altitudes de 267 à 466 mètres, ruisseau du Valet affluent de l'Herbasse, économie de céréales, asperges, bovins et caprins, foire du 24 avril, population de 1851 à aujourd'hui : notice encyclopédique de la commune, consultée le 25 août 2026. https://fr.wikipedia.org/wiki/Bathernay
  • Naissance vers 1438 probablement à Bathernay, filiation d'Arthaud de Batarnay et de Catherine de Gaste, remarqué par le futur Louis XI, chambellan et conseiller sous quatre règnes, surnom de Monsieur du Bouchage, seigneuries et châtellenies reçues en récompense, mort le 12 mai 1523 à Montrésor : notices biographiques et travaux consacrés au personnage, consultés le 25 août 2026. https://fr.wikipedia.org/wiki/Imbert_de_Batarnay
  • ZNIEFF de type 2 « Collines drômoises » sur le bourg comme sur le Mont Froid, absence de parc naturel, de site Natura 2000 et de réserve : API Carto de l'IGN, couches nature, interrogée par nous en deux points le 25 août 2026. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
  • Mont Ventefort et Mont Froid, trois points de vue, trois croix de chemin, fontaine, monument aux morts, horaires de la mairie : OpenStreetMap, tags bruts relevés par nous le 25 août 2026. Distances routières : moteur OSRM depuis la mairie, calculs faits par nous. https://www.openstreetmap.org/copyright
  • Photographies de l'église, du bâtiment du XIIIe siècle et de la maison sous auvent de molasse : Wikimedia Commons, catégories « Bathernay », « Église Saint-Étienne de Bathernay » et « Presbytère de Bathernay », consultées le 25 août 2026. Nous signalons que le fichier nommé « Presbytère » est légendé par son auteur comme les restes de l'ancien château. https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Bathernay

Ce que nous n'avons pas pu établir : le lieu de naissance certain d'Imbert de Batarnay ; l'existence d'une demeure familiale des Batarnay sur la commune ; la datation réelle du chœur de l'église, les sources allant du IXe au XIIe siècle ; la nature exacte du bâtiment du XIIIe siècle, presbytère ou maison forte ; et le format actuel de la foire du 24 avril. Signalez-nous une erreur.