Inscription de la fontaine le 7 septembre 1978, datation et propriétaire : base Mérimée du ministère de la Culture, code INSEE 26182. Attestations depuis 1059, atelier monétaire de 1345 à 1426, cession de 1206, rachat de la seigneurie en 1573, quartier des Josiols, destruction du château en 1633, remparts de 1652, réseau d'eau de 1876 et école italienne, démographie de 1755, école Renaud-Séchan : Wikipédia, article Mirabel-aux-Baronnies, consulté le 13 août 2026, d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de 1891. Plusieurs de ces points y sont signalés comme non référencés et nous le disons. Zonage ZNIEFF : référentiel des espaces protégés de l'IGN, interrogé par nous. Positions et horaires : OpenStreetMap. Distances : calculées par nous depuis la mairie, moteur OSRM.
Mirabel est à huit minutes de Nyons, dans l'olivier et la vigne, et l'on peut le traverser sans rien remarquer. Ce qui s'y visite tient à un village de rues étroites, une fontaine inscrite et des sentiers. Ce qui s'y raconte est nettement plus riche, et repose sur trois épisodes que personne ne signale sur place.
- 1345-1426les quatre-vingts ans de l'atelier monétaire des dauphins
- 1573l'année où les habitants ont racheté leur propre seigneurie
- 1876le réseau d'eau public, et l'école italienne qui va avec
- 1monument protégé sur la commune, et c'est une fontaine
Une fontaine inscrite, et deux datations
Sur toute la commune, la base des monuments historiques ne retient qu'un seul édifice : une fontaine, inscrite le 7 septembre 1978, propriété de la commune, place des Armes. Le ministère la date du 17e siècle.
La documentation locale, elle, parle d'une « ancienne fontaine de la place des Armes, datant du 13e siècle », et les photographies qu'on en trouve portent souvent cette légende. Le ministère écrit 17e siècle. Quatre siècles d'écart, ce n'est pas un arrondi. L'explication la plus probable est qu'une fontaine médiévale a été reconstruite ou remaniée à l'époque moderne, et que chacun date ce qu'il regarde : la fonction pour les uns, la pierre visible pour les autres. Nous donnons les deux et retenons le ministère pour la datation de l'objet protégé.
Ce n'est d'ailleurs pas la seule fontaine du village. Le réseau de 1876 en alimentait deux, plus quatre lavoirs et quelques robinets publics. Dans un village des Baronnies, où l'eau ne coule pas partout, un point d'eau maçonné n'est pas un ornement : c'est un équipement.
1876 : le réseau d'eau et l'école italienne
C'est l'épisode le plus étonnant de l'histoire de la commune, et il est technique. En 1876, Mirabel-aux-Baronnies est « l'un des premiers villages avec un réseau d'alimentation d'eau publique ». Pas l'un des premiers du canton : l'un des premiers, tout court.
L'eau vient de la source dite « Tune », à quatre kilomètres au nord-est, en direction de Châteauneuf, et notre source précise qu'elle en vient toujours. Elle était collectée et conduite jusqu'au village par des dallots, des canalisations en béton fabriquées sur place. Au bout du réseau : quatre lavoirs, deux fontaines et quelques robinets. L'ancienne fontaine de la place des Armes a été adaptée pour recevoir cette alimentation, ce qui explique peut-être son double âge.
Pour construire ce réseau, des spécialistes italiens sont venus, et ils ne sont pas repartis tout de suite : ils sont restés plusieurs années à Mirabel avec leurs familles. Notre source ajoute la conséquence, qui est la véritable trouvaille : « il existait même une école primaire en langue italienne pour leurs enfants ». Une école publique en italien, dans un village drômois de la fin du 19e siècle, alors même que l'école de Jules Ferry impose le français partout : c'est un fait que nous n'avons rencontré nulle part ailleurs dans le département. Il est signalé comme non référencé par notre source, et nous n'avons pas pu le confirmer par une archive.
Quatre-vingts ans d'atelier monétaire
En 1345, la maison de Baux cède aux dauphins le haut domaine sur Mirabel. Ceux-ci ne s'en tiennent pas là : ils y transfèrent leur atelier monétaire, jusque-là installé à Visan. Le Dictionnaire topographique enregistre pour cette année-là la mention moneta Mirabelli, tirée de la numismatique du Dauphiné.
L'atelier a fonctionné jusqu'en 1426, date à laquelle il a été transféré à Montélimar. Quatre-vingt-un ans de frappe. C'est le second atelier monétaire rencontré sur ce site, avec celui de Puygiron, mais la différence est nette : celui de Puygiron n'est connu que par une mention sans date précise, celui de Mirabel a une date d'ouverture, une date de fermeture et une source numismatique. Les dauphins ont aussi agrandi le château, reconstruit l'église Saint-Julien avec une chapelle pour eux, et fait de leur domaine de Beaulieu l'une de leurs principales résidences.
Le nom du village suit ces changements de mains. Il est attesté dès 1059 comme de Mirabello castello, devient castrum Miribelli baronniarum Medullionis en 1326, Mirabel au Dauphiné en 1465, puis Mirabeau chez Lesdiguières en 1585 et même Mirabeau sur Gaude en 1587, du nom de la rivière. Une légende locale veut que le nom vienne d'une tour merveilleuse appelée Mirabellis, du haut de laquelle on apercevait Orange.
Le village qui s'est racheté lui-même
La chaîne des seigneurs est celle de toutes les Baronnies : les barons de Montauban, puis, dès 1026, le fief de l'abbesse de Saint-Césaire d'Arles, la même qui tenait Vinsobres. Un acte précise l'échange : le 9 octobre 1206, Dragonet de Montauban et son fils Raymond cèdent leur haute justice sur Mirabel à Eldiarde, abbesse de Saint-Césaire, en échange de droits seigneuriaux sur Vinsobres. Deux villages voisins, échangés l'un contre l'autre.
La suite est exceptionnelle. En 1563, la terre, devenue domaniale, est aliénée au profit des Soyans. Dix ans plus tard, en 1573, « les droits sont rachetés par la communauté du lieu, qui garda la seigneurie jusqu'à la Révolution ». Autrement dit : les habitants ont racheté leur propre village et l'ont administré eux-mêmes pendant deux cent seize ans. Sur les dix-huit communes traitées jusqu'ici sur ce site, aucune autre n'a fait cela. Cela explique peut-être qu'en 1876, quand il a fallu financer un réseau d'eau, la commune ait eu l'habitude de décider seule.
Le village a pourtant été démoli deux fois. Après les guerres de Religion, la chapelle Saint-Julien est détruite, puis, en 1633, c'est le tour du château et des remparts. L'église actuelle est reconstruite sur les ruines de l'ancienne chapelle entre 1645 et 1651. Et en 1652, par peur de la peste, les remparts sont relevés, avec quatre portes : on refortifie non contre une armée, mais contre une épidémie.
Les Josiols, un quartier effacé en 1348
Il faut dire ceci, parce que personne ne le dit sur place. Jusqu'en 1348, il existait à Mirabel un quartier juif nommé Les Josiols, en contrebas, au nord du village.
1348 est l'année de la peste noire. Sur la foi de rumeurs accusant les juifs d'en être responsables, les habitants du quartier ont été assassinés ou envoyés vers Carpentras, dans le Comtat pontifical, où les communautés juives étaient tolérées. Le quartier a été intégralement détruit. Il n'en reste que le nom, Les Josiols, et l'emplacement approximatif. Ce point est signalé comme non référencé par notre source, mais il est cohérent avec ce qui s'est produit dans toute la vallée du Rhône la même année. Nous le rapportons parce qu'un lieu qui a disparu de cette façon mérite au moins d'être nommé.
Le 14e siècle a été rude pour le reste du village aussi : la seigneurie est pillée et saccagée par les compagnies de Routiers, ces soldats sans emploi des trêves de la guerre de Cent Ans, comme à Le Grand-Serre et à Pont-de-Barret.
Ce qu'il y a autour du village
Trois lieux valent la marche, tous gratuits et sans horaire. La chapelle du Calvaire et son sommet, Le Calvaire, dominent le village à l'est. La Grotte des Sarrasins et une ruine voisine sont au nord-est, à plus de deux kilomètres. Et Notre-Dame de Beaulieu, au sud, est l'ancien prieuré de l'ordre de Saint-Jean-de-Jérusalem auquel appartenaient l'église et les dîmes de Mirabel avant 1790.
Le référentiel national des espaces protégés rend un seul zonage sur la commune, et il est inattendu : les « Sables de Mirabel-aux-Baronnies », ZNIEFF de type 1 de 48 hectares, créée le 22 novembre 2016. Ce n'est ni une forêt ni une falaise : c'est un affleurement sableux, milieu rare et fragile qui abrite une flore et une faune spécialisées, notamment des insectes fouisseurs. Le village n'est couvert par aucun parc naturel régional, contrairement à Vinsobres, à six minutes, qui est dans celui des Baronnies provençales.
Un dernier détail contemporain, qui prolonge curieusement l'histoire de l'école italienne : l'école primaire communale s'appelle école Renaud-Séchan, et elle a été inaugurée par le chanteur Renaud le 14 octobre 2006. Elle accueille environ cent enfants en quatre classes, à côté d'une maternelle de deux classes et d'une crèche ouverte en octobre 2012. Pour un village dont la population a reculé de 7,3 % entre 2017 et 2023, ces équipements comptent.
La carte des lieux
La fontaine inscrite est placée aux coordonnées données par le ministère, les autres points viennent d'OpenStreetMap. La source Tune, le quartier disparu des Josiols et l'ancien atelier monétaire ne figurent pas : nous n'avons pour aucun des trois de position vérifiable.
Cliquez sur un point pour voir le nom du lieu et ce qu'il faut en savoir. Fond de carte OpenStreetMap.
Venir à Mirabel-aux-Baronnies
Mirabel est sur la route de Nyons à Vaison-la-Romaine, à huit minutes de la première et douze de la seconde. C'est l'un des rares villages d'où l'on atteint aussi vite la Drôme et le Vaucluse, et le point de bascule entre le pays de l'olive et celui du vin : Vinsobres, seul cru drômois des côtes-du-rhône, est à six minutes.
| Destination | Distance | Temps |
|---|---|---|
| Vinsobres | 5,3 km | 6 min |
| Nyons | 7,6 km | 8 min |
| Vaison-la-Romaine (Vaucluse) | 10,1 km | 12 min |
| Valréas (Vaucluse) | 17,3 km | 19 min |
| Buis-les-Baronnies | 23,4 km | 26 min |
| Grignan | 26,7 km | 29 min |
| Sainte-Jalle | 27,8 km | 34 min |
| Rémuzat | 34,7 km | 37 min |
| Montbrun-les-Bains | 40,6 km | 45 min |
La mairie n'ouvre que le matin, de 9h à 12h, le lundi puis du mercredi au samedi. Elle est fermée toute la journée le mardi et tous les après-midi. En revanche elle ouvre le samedi matin, ce qui est utile en week-end. La commune a par ailleurs son propre pôle médical, l'Espace médical du Vieux Relais, achevé en 2008.
Questions fréquentes
Quel est le monument protégé de Mirabel-aux-Baronnies ?
Une fontaine, et c'est le seul. Elle est inscrite monument historique depuis le 7 septembre 1978, appartient à la commune et se trouve place des Armes. Le ministère la date du 17e siècle ; la tradition locale la dit du 13e. Les deux affirmations circulent, y compris sur les photographies qu'on en trouve, et nous n'avons pas les moyens de trancher.
Pourquoi une fontaine est-elle si importante ici ?
Parce qu'elle est au centre d'une histoire technique. En 1876, Mirabel-aux-Baronnies a été l'un des premiers villages à se doter d'un réseau d'alimentation en eau publique. L'eau venait, et vient toujours, de la source dite « Tune », à quatre kilomètres au nord-est. L'ancienne fontaine de la place des Armes a été adaptée à ce réseau.
Y a-t-il eu une école italienne à Mirabel ?
Oui, d'après notre source. Pour construire le réseau d'eau de 1876, des spécialistes italiens sont restés plusieurs années au village avec leurs familles, et il a existé une école primaire en langue italienne pour leurs enfants. Ils fabriquaient sur place les canalisations en béton, appelées dallots, qui alimentaient quatre lavoirs, deux fontaines et quelques robinets.
Mirabel-aux-Baronnies a-t-elle frappé monnaie ?
Oui, et c'est documenté. En 1345, les dauphins y transfèrent depuis Visan leur atelier monétaire, désigné dans les textes sous le nom de moneta Mirabelli. Il a fonctionné jusqu'en 1426, date à laquelle il a été transféré à Montélimar. Quatre-vingt-un ans de frappe dans un village des Baronnies.
Le village a-t-il appartenu à ses habitants ?
Oui, et c'est rare. Après avoir été aliénée aux Soyans en 1563, la seigneurie a été rachetée en 1573 par la communauté du lieu, c'est-à-dire par les habitants eux-mêmes, qui l'ont gardée jusqu'à la Révolution. Pendant plus de deux siècles, Mirabel n'a donc pas eu de seigneur : elle était son propre seigneur.
Qui a inauguré l'école de Mirabel-aux-Baronnies ?
Le chanteur Renaud, le 14 octobre 2006 : l'école primaire communale porte son nom, école Renaud-Séchan. Elle compte environ cent enfants en quatre classes, et le village a aussi une école maternelle de deux classes et une crèche municipale ouverte en octobre 2012.
Nos sources
- Inscription de la fontaine le 7 septembre 1978, datation du 17e siècle, propriétaire et coordonnées : base Mérimée, ministère de la Culture, code INSEE 26182. https://ministere-culture.s3.sbg.io.cloud.ovh.net/POP/merimee.csv
- Attestations de 1059 à 1891, atelier monétaire transféré de Visan en 1345 et à Montélimar en 1426, cession du 9 octobre 1206 en échange de droits sur Vinsobres, aliénation de 1563 et rachat par la communauté en 1573, quartier des Josiols détruit en 1348, saccage par les Routiers, destruction du château en 1633, église reconstruite de 1645 à 1651, remparts de 1652 et leurs quatre portes, réseau d'eau de 1876, source Tune, dallots, école primaire en italien, fontaine du 13e siècle, démographie de 1755, école Renaud-Séchan inaugurée le 14 octobre 2006, crèche de 2012, pôle médical de 2008 : Wikipédia, article Mirabel-aux-Baronnies, consulté le 13 août 2026, d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de J. Brun-Durand, 1891. Plusieurs de ces points y sont signalés comme non référencés et nous le disons dans le texte. https://fr.wikipedia.org/wiki/Mirabel-aux-Baronnies
- ZNIEFF de type 1 « Sables de Mirabel-aux-Baronnies », 48 hectares, créée le 22 novembre 2016, et absence de tout autre zonage : référentiel des espaces protégés, apicarto de l'IGN, interrogé par nous le 13 août 2026. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
- Position de l'église Saint-Julien, de la chapelle du Calvaire, de Notre-Dame de Beaulieu, de la Grotte des Sarrasins, horaires de la mairie : OpenStreetMap, relevé le 13 août 2026. Distances : moteur OSRM. https://www.openstreetmap.org/copyright
Nous n'avons pas pu trancher entre les deux datations de la fontaine, celle du ministère au 17e siècle et celle de la documentation locale au 13e, ni confirmer par une archive l'existence de l'école primaire en langue italienne, que notre source signale elle-même comme non référencée. Nous n'avons pas de position vérifiable pour la source Tune, pour l'emplacement de l'atelier monétaire ni pour l'ancien quartier des Josiols, et ne les cartographions donc pas. Signalez-nous une erreur si vous constatez un écart.
