Pont-de-Barret ne se visite pas, il se traverse à pied. Le village médiéval tient sur les deux rives du Roubion, l'église romane et quelques maisons d'un côté, le vieux village perché de l'autre, et le reste est en hauteur, des belvédères, une montagne d'escalade et des chemins. Tout est gratuit, rien n'a d'horaire.
- 956l'année où Savenna devient « au Pont », et la fondation du prieuré
- 11familles co-seigneuresses recensées entre 1298 et 1789
- 9 sept. 1908le classement de Notre-Dame-la-Brune
- 13 mai 1901le séisme d'intensité VII qui a lézardé l'église
Notre-Dame-la-Brune est classée depuis 1908
C'est le monument de la commune, et son classement est ancien, le 9 septembre 1908, dans la première vague des protections drômoises. C'est une église romane du 12e siècle, en pierre de taille assemblée en appareil irrégulier, avec à l'ouest une haute façade rectangulaire coiffée d'un petit clocher à une seule baie. À l'intérieur, une nef unique de deux travées voûtées en berceau, et une corniche à la base de la voûte décorée de palmettes, de rinceaux et de volutes. Elle appartient à la commune et se visite librement.
L'église est à 400 mètres de la mairie, de l'autre côté du Roubion, un peu à l'écart du bourg. Beaucoup de visiteurs traversent Pont-de-Barret sans la voir, parce qu'ils cherchent un clocher au milieu des maisons. Elle est seule, entourée d'espace, et on en voit l'abside et le chevet de tous les côtés, ce qui est impossible dans un village serré.
Le vocable est attesté en 1509, dans un compte rendu de visite épiscopale, ecclesia parrochialis Beate Marie Pontis Barreti. Le qualificatif « la Brune » renvoie à une Vierge noire ou brune, comme la Notre-Dame-la-Brune de l'abbatiale de Tournus, en Bourgogne. L'origine du nom ici n'est pas documentée.
L'édifice était l'église d'un prieuré de bénédictins fondé en 956, dépendant de l'abbaye de Saint-Chaffre-le-Monestier, en Velay. Le prieur touchait les dîmes et présentait à la cure. C'est la même abbaye qui possédait le prieuré de Saint-Marcellin à Étoile-sur-Rhône, le réseau de Saint-Chaffre couvrant toute la moyenne vallée du Rhône.
Le village a changé de nom en 956
Peu de communes peuvent dater leur changement de nom. Pont-de-Barret le peut, parce qu'un document de 956 le formule explicitement, « locus qui prius dictus est Savenna et modo dicitur ad Pontem », le lieu qui s'appelait auparavant Savenna et qu'on appelle maintenant « au Pont ». La forme Savenna est elle-même attestée dès 876.
Il enregistre un déménagement. Savenna, « la riche plaine », était une cité gallo-romaine installée à la confluence du Roubion et de la Rimandoule, où il reste des vestiges de canaux. Au 9e siècle, victimes des invasions, les habitants et les moines quittent la plaine pour se réfugier sur les hauteurs de Saint-Rambert, en rive droite. Un pont est construit sur le Roubion pour rejoindre les rochers formant des « barres », d'où viendrait le nom. Le lieu cesse d'être défini par sa villa antique et se définit par son ouvrage d'art. Le nom ancien survit dans le quartier de Savenne, devenu les Sevaines sur les plans cadastraux, et dans le sommet des Côtes de Sevaines.
Le complément « Barret » n'apparaît qu'en 1332, sous la forme Pons de Baretto, puis castrum Pontis Baretti en 1442. La fortification médiévale perchée a été détruite à la fin du 14e siècle, et ses ruines sont encore dans le village, avec les calades et les rues voûtées.
Une terre que personne n'a jamais possédée seul
C'est la singularité de Pont-de-Barret, et elle est documentée sur cinq siècles. La terre relevait du fief des comtes de Valentinois. Un quart appartenait au prieur du lieu ; le reste, dit la source, était « partagé de tout temps entre plusieurs co-seigneurs ».
| Date | Qui possède | Comment |
|---|---|---|
| 1298 | les Agoult, les Bourdeaux, les Églui | trois familles en même temps |
| 1345 | les Agoult, les Félines, les Vercors | deux familles ont changé |
| 1353 | les Benoît | la part des Agoult, par mariage |
| 1374 | les Vesc | une part de plus |
| sans date | les Taulignan puis les Solamieu | encore une part |
| 1427 | les Gaubert | la part des Solamieu |
| 1540 | les Gaubert, les Eurre, les Saint-Ferréol | trois co-seigneurs |
| 1680 | les Saint-Ferréol | les trois quarts de la terre, enfin réunis |
| 1789 | le prieuré, les Saint-Ferréol de Saint-Pons, les Faure-Chabert | les derniers seigneurs |
Onze familles différentes en cinq siècles, jamais une seule à la fois. Cette dispersion explique pourquoi Pont-de-Barret n'a pas de grand château, contrairement à Bourdeaux à six kilomètres, où deux familles rivales en ont bâti deux. Quand personne n'a les moyens, personne ne construit.
Le village a payé cher son absence de défenseur unique. Au 14e siècle, il est saccagé par les troupes de Raymond de Turenne, le chef de guerre qui a ravagé la Provence et le Dauphiné. En 1789, la commune ne comptait que 500 habitants.
Le château de Saint-Ferréol
Le château de Saint-Ferréol, au lieu-dit le Village, est inscrit partiellement monument historique le 7 juin 1990. Il est en propriété privée et ne se visite pas. Le ministère en donne une description précise, un édifice du début du 17e siècle, composé d'un corps de logis principal auquel s'ajoutent deux ailes en retour d'équerre délimitant une cour intérieure.
D'après le ministère, la partie orientale du château peut représenter l'édifice initial, « les enduits pouvant être datés du 16e siècle ». C'est le revêtement qui date le bâtiment, et il place l'origine un siècle avant la façade que l'on voit. La distribution intérieure a été profondément remaniée, mais quelques pièces gardent leurs cheminées et leur décor du 18e siècle. C'est le château des Saint-Ferréol, la famille qui a fini par réunir les trois quarts de la terre en 1680.
La rivière et la falaise et les belvédères
Ce qui fait venir des gens à Pont-de-Barret, c'est l'extérieur plus que le patrimoine. Le village est abrité par un hémicycle de montagnes, Sainte-Euphémie au nord, Eson et Briesse à l'est.
La montagne d'Eson dresse une barre de rochers rouges orientée plein sud, et c'est tout l'argument, elle est très fréquentée les jours de beau temps en hiver. Là où la plupart des falaises drômoises sont inconfortables de novembre à mars, celle-ci prend le soleil toute la journée. Une seconde falaise, plus petite et réservée aux grimpeurs de haut niveau, borde le Roubion. L'état de l'équipement se vérifie auprès d'un club avant de partir.
La baignade dans le Roubion est l'autre usage local. Comme partout sur les rivières drômoises, elle n'est ni surveillée ni aménagée, le niveau et la qualité de l'eau varient, et il faut regarder l'état du cours d'eau avant d'entrer. La pêche se pratique aussi.
En hauteur, la commune est ponctuée de points de vue, le Belvédère des Fours, trois autres belvédères sur la montagne de Sainte-Euphémie, dont le sommet portait une chapelle aujourd'hui disparue où vécut un ermite au 18e siècle, et des repères de chemin qui donnent leur altitude, du Jasse à 270 m au Four de Cleissac à 434 m et aux Quatre Chemins à 475 m. Le village lui-même est à 238 mètres. Deux cents mètres de dénivelé suffisent ici à changer complètement le paysage.
Sur la route de la soie entre les filatures cévenoles et les fabriques lyonnaises, la commune a eu deux moulinages mus par le Roubion, un sur chaque rive, qui employaient près de cent personnes au début du 20e siècle. Les deux corps d'usine sont toujours là. Celui de la rive gauche appartient à la communauté de communes et abrite une vingtaine d'artisans d'art et d'associations. C'est la même histoire qu'à Livron ou à Dieulefit, la vallée entière a vécu du moulinage jusqu'à ce que la soie asiatique et la maladie du ver l'emportent. Un four à chaux employait dix salariés, et la commune a gardé de tout cela une vie ouvrière, avec des jardins irrigués par le canal des moulins.
Le tremblement de terre du 13 mai 1901
La Drôme n'est pas un pays de séismes, ce qui rend celui-ci mémorable. Le 13 mai 1901, à 8h21, une forte secousse est ressentie au sud de Crest, dans les villages de Saou, Manas et Pont-de-Barret. À l'épicentre, proche de Manas, la commune limitrophe, les cheminées s'écroulent, de nombreuses maisons sont lézardées, et l'église aussi. L'intensité relevée est de VII sur l'échelle macrosismique.
Notre-Dame-la-Brune a donc été classée sept ans après avoir été fissurée par un tremblement de terre. Aucune source ne lie explicitement les deux faits, mais le rapprochement des dates se fait tout seul.
La carte des lieux
Les zones de baignade et les voies d'escalade ne sont pas placées sur la carte, ce sont des lieux dont l'état change et qui ne s'abordent pas sur la foi d'un point.
Cliquez sur un point pour voir le nom du lieu et ce qu'il faut en savoir. Fond de carte OpenStreetMap.
Venir à Pont-de-Barret
Pont-de-Barret est sur la route qui relie la vallée de la Drôme au pays de Dieulefit, et c'est une commune de fond de vallée, où les temps de trajet sont plus longs que les distances ne le laissent croire. Bourdeaux est à six kilomètres mais à quatorze minutes, et La Bégude-de-Mazenc à dix kilomètres mais vingt-trois minutes, parce qu'on passe par les collines.
| Destination | Distance | Temps |
|---|---|---|
| Église Notre-Dame-la-Brune (même commune) | 0,4 km | 1 min |
| Bourdeaux | 6,2 km | 14 min |
| Saou | 10,4 km | 18 min |
| La Bégude-de-Mazenc | 10,3 km | 23 min |
| Marsanne | 12,8 km | 19 min |
| Dieulefit | 16,4 km | 22 min |
| Crest | 19,3 km | 27 min |
| Grane | 23,4 km | 30 min |
| Montélimar | 25,5 km | 32 min |
La mairie, 50 les Allées, ouvre les lundi, mercredi et vendredi de 8h30 à 12h, plus le vendredi après-midi de 13h30 à 17h, au 04 75 90 12 38. La commune n'a pas de site internet. Elle ne relève d'aucun zonage de protection de la nature, ni parc, ni Natura 2000, ni zone d'inventaire.
Questions fréquentes
Pourquoi l'église de Pont-de-Barret s'appelle-t-elle Notre-Dame-la-Brune ?
Le vocable est attesté en 1509 dans un compte rendu de visite épiscopale, sous la forme latine ecclesia parrochialis Beate Marie Pontis Barreti. Le qualificatif de Brune renvoie à une Vierge noire ou brune, comme à Tournus en Bourgogne. L'origine précise de ce nom à Pont-de-Barret n'est pas documentée.
L'église Notre-Dame-la-Brune se visite-t-elle ?
Elle est classée monument historique depuis le 9 septembre 1908 et appartient à la commune, en accès libre. C'est une église romane du 12e siècle, à nef unique de deux travées, ancienne prieurale de l'abbaye de Saint-Chaffre. Elle est à 400 mètres de la mairie, sur l'autre rive du Roubion, un peu à l'écart du village. Pour une question d'ouverture, la mairie répond au 04 75 90 12 38.
Le village s'est-il toujours appelé Pont-de-Barret ?
Non, et le changement de nom est daté à l'année près. Un document de 956 écrit : « le lieu qui s'appelait auparavant Savenna et qu'on appelle maintenant au Pont ». Le nom de Savenne subsiste dans un quartier de la commune, devenu les Sevaines sur les plans cadastraux. Le complément Barret n'apparaît qu'en 1332, sous la forme Pons de Baretto.
Qui étaient les seigneurs de Pont-de-Barret ?
Il n'y en a jamais eu un seul. Un quart de la terre appartenait au prieur, et le reste était partagé « de tout temps » entre plusieurs co-seigneurs : les Agoult, les Bourdeaux et les Églui en 1298, puis les Félines, les Vercors, les Benoît, les Vesc, les Taulignan, les Solamieu, les Gaubert, les Eurre et les Saint-Ferréol. En 1680 seulement, les Saint-Ferréol en réunissent les trois quarts.
Peut-on se baigner ou grimper à Pont-de-Barret ?
Les deux sont signalés. La baignade se pratique dans le Roubion, la rivière qui traverse le village, et la commune est réputée pour son site d'escalade orienté au sud sur la montagne d'Eson, très fréquenté par beau temps en hiver justement à cause de cette exposition. Une petite falaise réservée aux grimpeurs de haut niveau borde aussi le Roubion.
Y a-t-il eu un tremblement de terre à Pont-de-Barret ?
Oui, le 13 mai 1901 à 8h21. L'épicentre était proche de Manas, la commune voisine, et la secousse a atteint l'intensité VII : des cheminées se sont écroulées, de nombreuses maisons ont été lézardées, et l'église aussi. Saou et Manas ont été touchés de la même façon.
Nos sources
- Classement de l'église Notre-Dame-la-Brune le 9 septembre 1908, inscription partielle du château de Saint-Ferréol le 7 juin 1990, description du château et datation des enduits, propriétaires : base Mérimée, ministère de la Culture, notices PA00117015 et PA00117101. https://ministere-culture.s3.sbg.io.cloud.ovh.net/POP/merimee.csv
- Église romane du 12e siècle, appareil, façade, nef de deux travées et corniche : Wikipédia, article « Église Notre-Dame-la-Brune de Pont-de-Barret », et carte du patrimoine de la Drôme, notice 4281. https://cartepatrimoine.ladrome.fr/notice-4281
- Savenna à la confluence du Roubion et de la Rimandoule, repli sur Saint-Rambert au 9e siècle, fortification détruite à la fin du 14e siècle, chapelle et ermite de Sainte-Euphémie, rochers rouges d'Eson, deux moulinages et leurs cent ouvriers, four à chaux, bâtiment de la rive gauche occupé par des artisans d'art : office de tourisme Dieulefit-Bourdeaux et communauté de communes, pages de la commune, consultées le 13 septembre 2026. https://www.dieulefit-tourisme.com/notre-destination/nos-villages/pont-de-barret/
- Attestations de 876 à 1891, changement de nom en 956, prieuré bénédictin fondé en 956 et dépendant de Saint-Chaffre-le-Monestier, mention du vocable en 1509, liste des co-seigneurs de 1298 à 1789, saccage par Raymond de Turenne, 500 habitants en 1789, séisme du 13 mai 1901 : Wikipédia, article Pont-de-Barret, d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de J. Brun-Durand, 1891. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pont-de-Barret
- Adresse, téléphone et horaires de la mairie : annuaire de l'administration, consulté le 13 septembre 2026. https://lannuaire.service-public.fr/
- Absence de tout zonage de protection : référentiel des espaces protégés, apicarto de l'IGN. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
- Position du château, altitudes des repères de chemin, belvédères et sommets : OpenStreetMap. Distances : moteur OSRM. https://www.openstreetmap.org/copyright
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