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Pont-de-Barret

Six cent cinquante-sept habitants sur les deux rives du Roubion, une église classée depuis 1908 et une particularité féodale qui dit tout du lieu : Pont-de-Barret n'a jamais eu de seigneur. La terre a toujours été partagée entre le prieur et une poignée de familles qui se la repassaient par mariage, pendant cinq siècles.

Comment cette page est faite

Classement du 9 septembre 1908, inscription du château le 7 juin 1990, description du bâti et propriétaires : base Mérimée du ministère de la Culture, notices PA00117015 et PA00117101. Attestations de 876 à 1891, changement de nom en 956, prieuré, liste des co-seigneurs, saccage du 14e siècle, séisme de 1901, escalade et baignade : Wikipédia, article Pont-de-Barret, consulté le 13 août 2026, d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de 1891. Une partie de ces points y est signalée comme non référencée et nous le disons. Lieux, sommets et belvédères : OpenStreetMap. Distances : calculées par nous depuis la mairie, moteur OSRM. La commune n'a pas de site internet : nous n'avons donc pas pu croiser ces informations avec une source municipale.

Pont-de-Barret ne se visite pas, il se traverse à pied. Le village médiéval tient sur les deux rives du Roubion, l'église classée est à quatre cents mètres du centre, et le reste est en hauteur : des belvédères, une montagne d'escalade et des chemins. Tout est gratuit, rien n'a d'horaire.

  • 956l'année où Savenna devient « au Pont », et la fondation du prieuré
  • 11familles co-seigneuresses recensées entre 1298 et 1789
  • 9 sept. 1908le classement de Notre-Dame-la-Brune
  • 13 mai 1901le séisme d'intensité VII qui a lézardé l'église
Le village de Pont-de-Barret de part et d'autre du Roubion
Pont-de-Barret, village médiéval bâti de part et d'autre du Roubion, aux confins de la plaine des Andrans. Photo Finoskov, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Notre-Dame-la-Brune, classée en 1908

C'est le monument de la commune, et son classement est ancien : 9 septembre 1908, dans la première vague des protections drômoises. Elle appartient à la commune, ce qui compte : une église communale est en principe accessible, contrairement à une chapelle privée. Le ministère ne lui donne ni datation ni description dans sa notice, ce qui est rare pour un classement.

Elle n'est pas dans le village

C'est le point pratique à retenir : l'église est à 400 mètres de la mairie, de l'autre côté du Roubion, un peu à l'écart du bourg. Beaucoup de visiteurs traversent Pont-de-Barret sans la voir, parce qu'ils cherchent un clocher au milieu des maisons. Elle est seule, entourée d'espace, et c'est ce qui fait son intérêt : on en voit l'abside et le chevet de tous les côtés, ce qui est impossible dans un village serré.

L'abside de l'église Notre-Dame-la-Brune à Pont-de-Barret
L'abside de Notre-Dame-la-Brune, dégagée de tous côtés. Photo Marianne Casamance, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le vocable est attesté en 1509, dans un compte rendu de visite épiscopale : ecclesia parrochialis Beate Marie Pontis Barreti. Le qualificatif « la Brune » renvoie à une Vierge noire ou brune, comme la Notre-Dame-la-Brune de l'abbatiale de Tournus, en Bourgogne. Nous n'avons trouvé aucune source qui documente l'origine de ce nom ici, et nous préférons le dire plutôt que de recopier une explication.

L'intérieur de l'église Notre-Dame-la-Brune à Pont-de-Barret
L'intérieur de l'église. Photo Abaddon1337, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons.

L'édifice était l'église d'un prieuré de bénédictins fondé en 956, dépendant de l'abbaye de Saint-Chaffre-le-Monestier, en Velay. Le prieur touchait les dîmes et présentait à la cure. C'est la même abbaye qui possédait le prieuré de Saint-Marcellin à Étoile-sur-Rhône : le réseau de Saint-Chaffre couvrait toute la moyenne vallée du Rhône.

Le village a changé de nom en 956, et c'est écrit

Peu de communes peuvent dater leur changement de nom. Pont-de-Barret le peut, parce qu'un document de 956 le formule explicitement : « locus qui prius dictus est Savenna et modo dicitur ad Pontem », le lieu qui s'appelait auparavant Savenna et qu'on appelle maintenant « au Pont ». La forme Savenna est elle-même attestée dès 876.

Ce que ce changement de nom raconte

Il enregistre un déménagement. Entre la fin du 9e siècle et le 11e siècle, les habitants de Savenna et les moines quittent la plaine pour se réfugier sur la colline. Un pont est construit sur le Roubion pour rejoindre les rochers formant des « barres », d'où viendrait le nom. Le lieu cesse d'être défini par sa villa antique et se définit par son ouvrage d'art. Le nom ancien n'a pas disparu : il survit dans le quartier de Savenne, devenu les Sevaines sur les plans cadastraux, et dans le sommet des Côtes de Sevaines. Ces points sont signalés comme non référencés par notre source.

Le complément « Barret » n'apparaît qu'en 1332, sous la forme Pons de Baretto, puis castrum Pontis Baretti en 1442. Entre-temps, le village s'est développé sur la rive gauche, autour de l'église.

Une terre que personne n'a jamais possédée seul

C'est la singularité de Pont-de-Barret, et elle est documentée sur cinq siècles. La terre relevait du fief des comtes de Valentinois. Un quart appartenait au prieur du lieu ; le reste, dit la source, était « partagé de tout temps entre plusieurs co-seigneurs ».

Les co-seigneurs de Pont-de-Barret d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de 1891, repris par Wikipédia. Un quart de la terre restait au prieur pendant toute la période. Les dates sont celles de la première mention de chaque famille.
DateQui possèdeComment
1298les Agoult, les Bourdeaux, les Égluitrois familles en même temps
1345les Agoult, les Félines, les Vercorsdeux familles ont changé
1353les Benoîtla part des Agoult, par mariage
1374les Vescune part de plus
sans dateles Taulignan puis les Solamieuencore une part
1427les Gaubertla part des Solamieu
1540les Gaubert, les Eurre, les Saint-Ferréoltrois co-seigneurs
1680les Saint-Ferréolles trois quarts de la terre, enfin réunis
1789le prieuré, les Saint-Ferréol de Saint-Pons, les Faure-Chabertles derniers seigneurs

Onze familles différentes en cinq siècles, jamais une seule à la fois. Cette dispersion n'est pas une curiosité d'érudit : elle explique pourquoi Pont-de-Barret n'a pas de grand château, contrairement à Bourdeaux à six kilomètres, où deux familles rivales en ont bâti deux. Quand personne n'a les moyens, personne ne construit.

Le village a payé cher son absence de défenseur unique : au 14e siècle, il est saccagé par les troupes de Raymond de Turenne, le chef de guerre qui a ravagé la Provence et le Dauphiné. En 1789, la commune ne comptait que 500 habitants.

Le château de Saint-Ferréol

Vue générale de Pont-de-Barret et du château vers 1905
Le village et son château, sur une carte postale des environs de 1905. Fonds des Médiathèques Valence Romans agglomération, sans restriction de réutilisation, via Wikimedia Commons.

Le château de Saint-Ferréol, au lieu-dit le Village, est inscrit partiellement monument historique le 7 juin 1990. Il est en propriété privée et ne se visite pas. Le ministère en donne une description précise, ce qui est rare : un édifice du début du 17e siècle, composé d'un corps de logis principal auquel s'ajoutent deux ailes en retour d'équerre délimitant une cour intérieure.

Ce que les enduits révèlent

Le détail que donne le ministère mérite d'être lu : la partie orientale du château peut représenter l'édifice initial, et « les enduits pouvant être datés du 16e siècle ». Autrement dit, ce n'est pas la pierre qui date le bâtiment mais son revêtement, ce qui place l'origine un siècle avant la façade que l'on voit. La distribution intérieure a été profondément remaniée, mais quelques pièces gardent leurs cheminées et leur décor du 18e siècle. C'est le château des Saint-Ferréol, la famille qui a fini par réunir les trois quarts de la terre en 1680.

La rivière, la falaise et les belvédères

Ce qui fait venir des gens à Pont-de-Barret n'est pas le patrimoine, c'est l'extérieur, et cela mérite d'être dit franchement. Deux activités sont signalées, et l'une a une raison d'être qu'on ne devine pas.

Une falaise d'escalade qu'on grimpe en hiver

Le site d'escalade de la montagne d'Eson est orienté au sud, et c'est tout l'argument : il est « très fréquenté les jours de beau temps en saison hivernale ». Là où la plupart des falaises drômoises sont inconfortables de novembre à mars, celle-ci prend le soleil toute la journée. Une seconde falaise, plus petite et réservée aux grimpeurs de haut niveau, borde le Roubion. Ces informations sont signalées comme non référencées par notre source : vérifiez l'état d'équipement et les éventuels arrêtés de protection auprès d'un club local avant de partir.

La baignade dans le Roubion est l'autre usage local. Comme partout sur les rivières drômoises, elle n'est ni surveillée ni aménagée : le niveau et la qualité de l'eau varient, et il faut regarder l'état du cours d'eau avant d'entrer. La pêche se pratique aussi.

En hauteur, la commune est ponctuée de points de vue : le Belvédère des Fours, trois autres belvédères non nommés sur la montagne de Sainte-Euphémie, et des repères de chemin qui donnent leur altitude, du Jasse à 270 m au Four de Cleissac à 434 m et aux Quatre Chemins à 475 m. Le village lui-même est à 238 mètres : deux cents mètres de dénivelé suffisent ici à changer complètement le paysage.

Un village qui a filé la soie

La commune avait des moulins mus par le Roubion, qui servaient à la fabrication de la soie. Un repère cartographique porte encore le nom de « Grande Usine Moulinages », près de l'église. C'est la même histoire qu'à Livron ou à Dieulefit : la vallée entière a vécu du moulinage jusqu'à ce que la soie asiatique et la maladie du ver l'emportent. Ce point est signalé comme non référencé par notre source.

Le tremblement de terre du 13 mai 1901

La Drôme n'est pas un pays de séismes, ce qui rend celui-ci mémorable. Le 13 mai 1901, à 8h21, une forte secousse est ressentie au sud de Crest, dans les villages de Saou, Manas et Pont-de-Barret. À l'épicentre, proche de Manas, la commune limitrophe, les cheminées s'écroulent, de nombreuses maisons sont lézardées, et l'église aussi. L'intensité relevée est de VII sur l'échelle macrosismique.

Ce détail éclaire l'état de Notre-Dame-la-Brune : elle a été classée sept ans après avoir été fissurée par un tremblement de terre. Le classement de 1908 n'est donc pas seulement une reconnaissance, c'est aussi, probablement, une réponse. Nous formulons cette lecture comme une hypothèse : aucune source consultée ne lie explicitement les deux faits, et le point sismique lui-même est signalé comme non référencé.

La carte des lieux

L'église est placée aux coordonnées données par le ministère. Le château de Saint-Ferréol n'en a pas dans la base officielle : il est positionné d'après OpenStreetMap. Nous ne cartographions ni les zones de baignade, ni les voies d'escalade : ce sont des lieux dont l'état change et qui ne s'abordent pas sur la foi d'un point sur une carte.

Cliquez sur un point pour voir le nom du lieu et ce qu'il faut en savoir. Fond de carte OpenStreetMap.

Venir à Pont-de-Barret

Pont-de-Barret est sur la route qui relie la vallée de la Drôme au pays de Dieulefit, et c'est une commune de fond de vallée : les temps de trajet y sont plus longs que les distances ne le laissent croire. Bourdeaux est à six kilomètres mais à quatorze minutes, et La Bégude-de-Mazenc à dix kilomètres mais vingt-trois minutes, parce qu'on passe par les collines.

Temps de trajet routiers calculés depuis la mairie de Pont-de-Barret, moteur OSRM sur le réseau OpenStreetMap. Hors trafic. Les vitesses moyennes sont basses : ce sont des routes de vallée étroite, pas des axes.
DestinationDistanceTemps
Église Notre-Dame-la-Brune (même commune)0,4 km1 min
Bourdeaux6,2 km14 min
Saou10,4 km18 min
La Bégude-de-Mazenc10,3 km23 min
Marsanne12,8 km19 min
Dieulefit16,4 km22 min
Crest19,3 km27 min
Grane23,4 km30 min
Montélimar25,5 km32 min
Aucun zonage de protection, et une mairie ouverte trois matins

Le référentiel national des espaces protégés ne rend rien sur cette commune : ni parc, ni Natura 2000, ni ZNIEFF, ni réserve. La mairie n'ouvre que les lundi, mercredi et vendredi matin de 8h30 à 12h, plus le vendredi après-midi jusqu'à 17h. La commune n'a pas de site internet : pour toute question sur l'accès à l'église ou aux sentiers, c'est le téléphone ou rien.

Questions fréquentes

Pourquoi l'église de Pont-de-Barret s'appelle-t-elle Notre-Dame-la-Brune ?

Le vocable est attesté en 1509 dans un compte rendu de visite épiscopale, sous la forme latine ecclesia parrochialis Beate Marie Pontis Barreti. Le qualificatif de Brune renvoie à une Vierge noire ou brune, comme à Tournus en Bourgogne. Nous n'avons trouvé aucune source qui explique l'origine précise de ce nom à Pont-de-Barret, et nous ne l'inventerons pas.

L'église Notre-Dame-la-Brune se visite-t-elle ?

Elle est classée monument historique depuis le 9 septembre 1908 et appartient à la commune, ce qui la rend accessible comme toute église paroissiale. Elle est à 400 mètres de la mairie, sur l'autre rive du Roubion, un peu à l'écart du village. Aucun horaire n'est publié : si vous venez pour elle, appelez la mairie, ouverte les lundi, mercredi et vendredi matin.

Le village s'est-il toujours appelé Pont-de-Barret ?

Non, et le changement de nom est daté à l'année près. Un document de 956 écrit : « le lieu qui s'appelait auparavant Savenna et qu'on appelle maintenant au Pont ». Le nom de Savenne subsiste dans un quartier de la commune, devenu les Sevaines sur les plans cadastraux. Le complément Barret n'apparaît qu'en 1332, sous la forme Pons de Baretto.

Qui étaient les seigneurs de Pont-de-Barret ?

Il n'y en a jamais eu un seul. Un quart de la terre appartenait au prieur, et le reste était partagé « de tout temps » entre plusieurs co-seigneurs : les Agoult, les Bourdeaux et les Églui en 1298, puis les Félines, les Vercors, les Benoît, les Vesc, les Taulignan, les Solamieu, les Gaubert, les Eurre et les Saint-Ferréol. En 1680 seulement, les Saint-Ferréol en réunissent les trois quarts.

Peut-on se baigner ou grimper à Pont-de-Barret ?

Les deux sont signalés. La baignade se pratique dans le Roubion, la rivière qui traverse le village, et la commune est réputée pour son site d'escalade orienté au sud sur la montagne d'Eson, très fréquenté par beau temps en hiver justement à cause de cette exposition. Une petite falaise réservée aux grimpeurs de haut niveau borde aussi le Roubion.

Y a-t-il eu un tremblement de terre à Pont-de-Barret ?

Oui, le 13 mai 1901 à 8h21. L'épicentre était proche de Manas, la commune voisine, et la secousse a atteint l'intensité VII : des cheminées se sont écroulées, de nombreuses maisons ont été lézardées, et l'église aussi. Saou et Manas ont été touchés de la même façon. Ce point est signalé comme non référencé par notre source.

Nos sources

  • Classement de l'église Notre-Dame-la-Brune le 9 septembre 1908, inscription partielle du château de Saint-Ferréol le 7 juin 1990, description du château et datation des enduits, propriétaires : base Mérimée, ministère de la Culture, notices PA00117015 et PA00117101. https://ministere-culture.s3.sbg.io.cloud.ovh.net/POP/merimee.csv
  • Attestations de 876 à 1891, changement de nom en 956, prieuré bénédictin fondé en 956 et dépendant de Saint-Chaffre-le-Monestier, mention du vocable en 1509, liste des co-seigneurs de 1298 à 1789, saccage par Raymond de Turenne, 500 habitants en 1789, moulinages de soie, séisme du 13 mai 1901, escalade sur la montagne d'Eson et baignade dans le Roubion : Wikipédia, article Pont-de-Barret, consulté le 13 août 2026, d'après le Dictionnaire topographique de la Drôme de J. Brun-Durand, 1891. Plusieurs de ces points y sont signalés comme non référencés et nous le disons dans le texte. https://fr.wikipedia.org/wiki/Pont-de-Barret
  • Absence de tout zonage de protection : référentiel des espaces protégés, apicarto de l'IGN, interrogé par nous le 13 août 2026. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
  • Position du château, altitudes des repères de chemin, belvédères, sommets, repère de la Grande Usine Moulinages, horaires de la mairie : OpenStreetMap, relevé le 13 août 2026. Distances : moteur OSRM. https://www.openstreetmap.org/copyright

La commune n'a pas de site internet : nous n'avons pas pu croiser ces informations avec une source municipale, ce qui est une limite réelle pour cette page. Nous n'avons trouvé aucune explication documentée du vocable « la Brune » à Pont-de-Barret, aucun horaire d'ouverture de l'église, et aucune source à jour sur l'équipement des falaises d'escalade. Le lien que nous suggérons entre le séisme de 1901 et le classement de 1908 est une hypothèse de notre part, pas un fait établi. Signalez-nous une erreur si vous constatez un écart.