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Montjoux

Trois cent seize habitants sur dix-huit kilomètres carrés, un nom qui veut dire le mont de Jupiter, et une singularité qu'on lit sur un panneau routier : devant la mairie, une flèche indique « Montjoux 1,5 ». Le chef-lieu administratif est à un hameau, le vieux village est ailleurs, et la commune vit avec ce dédoublement depuis longtemps. Ajoutez un château inscrit, quinze poteaux de randonnée et dix fermes.

Mis à jour le

Comment cette page est faite

Le décalage entre le chef-lieu et le vieux village, nous ne l'avons pas seulement lu : nous l'avons vérifié de trois façons, par la source écrite, par le calcul d'itinéraire depuis la mairie, et par un panneau routier visible sur une photographie. Les trois donnent le même kilomètre et demi. Nous avons en revanche écarté deux distances que le calculateur faisait passer par des chemins de terre : elles auraient affiché des temps de trajet faux.

Montjoux occupe la haute vallée du Lez, entre Dieulefit et les premières Baronnies, à quatre cent vingt et un mètres d'altitude. C'est une commune de bout de vallée dont le pôle de référence n'est pas drômois : le calcul de voisinage désigne Valréas, dans le Vaucluse, à trente-quatre minutes. Elle appartient tout entière au parc naturel régional des Baronnies provençales.

  • 1,5 kmentre la mairie et le village qui lui donne son nom
  • 1278première mention, castrum Montis Jovis
  • 15poteaux de randonnée, soit un pour vingt et un habitants
  • 10exploitations agricoles, contre douze en 1998
La place du vieux village de Montjoux, avec un pigeonnier percé de boulins à gauche et l'église Saint-Étienne à clocher-mur à droite
La place du vieux village : à gauche une maison surmontée d'un pigeonnier dont on distingue les boulins sous la génoise, à droite l'église Saint-Étienne, son clocher-mur à cloche apparente et son oculus ovale. Entre les deux, un cyprès. Photo Marianne Casamance, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Le mont de Jupiter

Le nom est ce qu'il y a de plus ancien ici. La première mention écrite connue est castrum Montis Jovis, en 1278 : le château du mont de Jupiter. Suivent Monte Jovis en 1284, puis Montjous en 1644.

Mons, c'est la montagne ; Jovis, c'est le génitif de Juppiter. Le nom désigne donc une hauteur consacrée au dieu, ou portant son sanctuaire. C'est la même formation que les Montjoie et les Mongeux répandus dans toute la France, souvent sur des points hauts et souvent, comme ici, doublés plus tard d'un château.

Attention à l'homonymie

Il existe un Montjoux dans la Haute-Savoie et un lieu-dit Montjoux à Thonon-les-Bains, avec une plage et un théâtre qui reviennent beaucoup dans les recherches. Pour trouver celui-ci, ajoutez Drôme ou le code postal 26220.

La Paillette, chef-lieu de fait

Voici la particularité qui organise toute la commune, et qui déroute quiconque arrive au jugé. Ce que les cartes appellent Montjoux, avec son église et son château, n'est pas l'endroit où l'on trouve la mairie.

Trois vérifications, le même kilomètre et demi

La source écrite indique que La Paillette, au confluent des vallées du Lez et de la Veyssanne, accueille la mairie, l'école, le bar-restaurant et la boulangerie-épicerie. Notre calcul d'itinéraire donne 1,5 kilomètre et trois minutes entre la mairie et le château, 1,8 kilomètre entre la mairie et l'église Saint-Étienne. Et sur la photographie du lavoir de La Paillette, un panneau routier planté sur le trottoir affiche noir sur blanc : « MONTJOUX 1,5 ».

Le lavoir couvert de La Paillette à Montjoux, sa fontaine et ses bassins, avec un panneau routier indiquant Montjoux à 1,5 km
Le lavoir couvert de La Paillette, sa fontaine murale, ses deux bassins et son toit de tuiles canal. À droite, le panneau qui dit tout : depuis le hameau où siège la mairie, Montjoux est indiqué comme une destination, à 1,5 kilomètre. Photo Marianne Casamance, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Ce glissement du village haut vers le hameau bas est l'un des mouvements les plus constants de l'histoire rurale du sud de la Drôme. On s'est installé en hauteur quand il fallait se défendre et surveiller ; on est redescendu quand il a fallu l'eau, la route et la place pour un camion. La Paillette a le confluent, donc l'eau et le carrefour. Montjoux a la vue, donc plus rien d'utile depuis deux siècles.

Concrètement, pour un visiteur : les services et le stationnement sont à La Paillette, le patrimoine et la promenade sont au vieux village. Prévoyez de faire les deux, ce n'est qu'un kilomètre et demi.

Le château, inscrit en 1980

La commune compte un seul immeuble protégé au titre des monuments historiques, et c'est le château.

La fiche du château, extraite par nous de la base des monuments historiques du ministère de la Culture, le 25 août 2026.
ChampContenu
DatationXVe et XVIe siècles, remanié au XVIIIe dans le goût classique
ProtectionInscrit MH partiellement, arrêté du 25 septembre 1980
StatutPropriété privée, ne se visite pas
Situation1,5 km de la mairie par la route de Dieulefit, trois minutes

Une inscription partielle signifie que la protection ne porte pas sur la totalité de l'édifice : certains éléments seulement, souvent des façades, une tour ou un escalier. C'est le régime le plus courant pour les châteaux privés encore habités, et il explique qu'on puisse voir des travaux modernes voisiner avec des parties protégées.

Il subsiste par ailleurs des ruines au sud de la commune, sur les pentes vers la montagne de Mioufaux, sans nom associé sur les relevés. Nous les signalons sans leur attribuer d'identité : nommer une ruine sans preuve est le meilleur moyen de fabriquer une légende.

L'église et le temple, deux édifices, deux mondes

L'église Saint-Étienne, du XVIe siècle, était à l'origine un prieuré séculier. Elle se tient au vieux village, sur la petite place, à côté d'une maison à pigeonnier. Son clocher-mur laisse la cloche à l'air libre, et son oculus ovale éclaire la nef par l'ouest.

Le temple protestant, lui, est à La Paillette, à quelques dizaines de mètres de la mairie. Ce n'est pas un hasard de géographie : nous sommes ici dans l'arrière-pays de Dieulefit, l'un des foyers les plus anciens et les plus tenaces du protestantisme français, celui-là même qui accueillera des centaines de réfugiés pendant la Seconde Guerre mondiale. Un village de trois cents habitants avec deux lieux de culte dans deux hameaux différents, cela raconte quatre siècles de coexistence.

Cerisiers en fleurs au-dessus des murs de pierre de Montjoux, au début du printemps
Cerisiers en fleurs au-dessus des murs de pierre, début de printemps. Les arbres voisins sont encore nus : la floraison des fruitiers ouvre la saison ici, avant la lavande de l'été. Photo Marianne Casamance, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons.

Quinze poteaux pour trois cent seize habitants

En relevant les points d'information de la commune, nous avons trouvé un chiffre qui n'est publié nulle part : quinze poteaux de randonnée et un panneau d'information sur dix-huit kilomètres carrés. Cela fait un poteau pour vingt et un habitants.

Ils portent, comme souvent, le nom de la voie où ils sont plantés : route de Teyssières, route de Roche Saint-Secret, chemin de Combaurie, chemin de Bonhomme, chemin de Bel-Air, chemin de Barjol, chemin du Devès, chemin du Reposoir, chemin du Vallon, chemin de Coucou, chemin de la Combe de Maret, chemin du Grand Champ, place du Tennis. Lus à la suite, ces noms font une carte du finage : les combes, les serres, le reposoir où l'on soufflait en montant.

Le relief donne les objectifs : la montagne de Lusset à l'ouest, le Pié Rond et le Rachas au sud, la montagne de Mioufaux au sud-est. Une aire naturelle est signalée au bord du Lez, au hameau.

Douze fermes, puis dix, sur plus de terres

Deux chiffres, pris à douze ans d'écart, disent l'agriculture de cette vallée mieux qu'un long développement.

Exploitations et surface agricole utilisée à Montjoux, d'après les recensements agricoles cités par notre source encyclopédique. Le rapprochement des deux colonnes est fait par nous.
AnnéeExploitationsSurface agricoleSurface moyenne
199812284 ha23,7 ha
201010329 ha32,9 ha

Deux fermes de moins, quarante-cinq hectares de plus, et une surface moyenne par exploitation qui passe de vingt-quatre à trente-trois hectares, soit près de quarante pour cent d'augmentation en douze ans. C'est le mouvement de fond de l'agriculture française, et il se lit ici à l'échelle d'un village : moins d'agriculteurs, chacun sur plus de terres. Que la surface cultivée ait augmenté pendant que le nombre de fermes baissait est le point intéressant : ici, la terre n'a pas été abandonnée, elle a changé de mains.

Les productions relevées dans les années quatre-vingt-dix composent un portrait très méridional : champignons, lavande, pâturages ovins, porcins et apiculture. Le champignon est le plus inattendu, et il va avec les combes fraîches et boisées du nord de la commune.

Le parc, et une zone d'inventaire au sud

Nous avons interrogé les zonages en deux points, du hameau au sommet. Les deux relèvent du parc naturel régional des Baronnies provençales. Le point sud, sur la montagne de Mioufaux, relève en plus d'une zone d'inventaire de type 2, celle des chaînons occidentaux des Baronnies. Ni site Natura 2000, ni réserve.

Cette appartenance aux Baronnies, plutôt qu'au Diois ou à la vallée du Rhône, se sent immédiatement : lavande, cyprès, tuiles canal, génoises et pigeonniers. Administrativement la commune est dans la Drôme ; paysagèrement, elle est en Provence. La même bascule que celle qu'on observe sur les crêtes de Valdrôme, à l'autre extrémité du parc.

La carte des lieux

Les points ci-dessous sont ceux dont nous avons la position vérifiée. Cliquez sur un point pour voir le détail. Fond de carte OpenStreetMap.

Regardez l'écart entre le point « mairie » et le point « église » : c'est le kilomètre et demi dont parle toute cette page. Les quinze poteaux de randonnée ne sont pas représentés, ils satureraient la carte.

Venir à Montjoux

On vient par Dieulefit, à onze minutes, et c'est à peu près la seule façon commode. Au-delà, les temps de trajet montent vite : la commune est au fond d'une vallée qui ne débouche que sur des cols.

Distances routières calculées par nous avec le moteur OSRM depuis la mairie de Montjoux, à La Paillette, le 25 août 2026. Deux communes limitrophes ne figurent pas au tableau : le calculateur y finissait par des chemins de terre, et les temps donnés n'auraient rien mesuré d'utile.
DestinationDistanceTemps
Le château1,5 km3 min
L'église Saint-Étienne, au vieux village1,8 km3 min
Teyssières (limitrophe)5,5 km7 min
Dieulefit (limitrophe)7,9 km11 min
Roche-Saint-Secret-Béconne (limitrophe)11,3 km20 min
Le Pègue (limitrophe)20,3 km23 min
Valréas, dans le Vaucluse23,8 km34 min
Nyons28,9 km32 min
Montélimar34,6 km42 min

Un chiffre mérite qu'on s'y arrête : Le Pègue est limitrophe et pourtant à vingt kilomètres de route, tandis que Nyons, huit kilomètres plus loin, se rejoint en neuf minutes de plus. Une limite communale ne dit rien du temps qu'il faut pour la franchir : entre les deux villages, il y a une montagne et pas de route.

La mairie ouvre le lundi de 14 h à 18 h et le mercredi de 9 h à 12 h. Pour prolonger : Dieulefit et sa céramique à onze minutes, Nyons et son olive à trente-deux, et la rubrique Dieulefit et Bourdeaux pour le reste du pays.

Questions fréquentes

Pourquoi la mairie de Montjoux n'est-elle pas à Montjoux ?

Parce que le centre de gravité de la commune a glissé au fond de la vallée. La mairie, l'école, la boulangerie-épicerie et les restaurants sont au hameau de La Paillette, au confluent du Lez et de la Veyssanne, tandis que le vieux village de Montjoux et son église sont à peu près un kilomètre et demi plus haut. Le panneau routier planté devant le lavoir de La Paillette indique d'ailleurs « Montjoux 1,5 » : depuis le chef-lieu administratif, le village qui donne son nom à la commune est une destination.

Que veut dire Montjoux ?

Le mont de Jupiter. La première mention connue est castrum Montis Jovis, en 1278, puis Monte Jovis en 1284 et Montjous en 1644. Mons, la montagne, et Jovis, génitif de Jupiter : le nom garde la trace d'un sommet ou d'un sanctuaire consacré au dieu. C'est la même racine que les nombreux Montjoie et Mongeux de France.

Le château de Montjoux se visite-t-il ?

Non, il est de propriété privée. Il est en revanche protégé : inscrit partiellement au titre des monuments historiques par arrêté du 25 septembre 1980, il est daté des XVe et XVIe siècles, avec un remaniement classique au XVIIIe. Il se voit depuis la route de Dieulefit, à un kilomètre et demi de la mairie.

Y a-t-il des sentiers balisés ?

Beaucoup, pour la taille de la commune. Nous avons relevé quinze poteaux de randonnée sur le territoire, plus un panneau d'information : c'est un poteau pour vingt et un habitants. Ils portent le nom de la voie sur laquelle ils sont plantés, du chemin de Barjol au chemin de la Combe de Maret.

Où manger à Montjoux ?

Deux adresses figurent comme actives sur nos relevés : Chez Josette à La Paillette et le Relais du Serre près du vieux village. Une troisième, le Restaurant La Paillette, est enregistrée comme vacante : n'y comptez pas sans avoir téléphoné. Il y a aussi une boulangerie-épicerie au hameau.

Montjoux est-elle dans un parc naturel ?

Oui, tout entière : le parc naturel régional des Baronnies provençales couvre les deux points que nous avons testés, du hameau de La Paillette à la montagne de Mioufaux. Le sud de la commune relève en plus d'une zone d'inventaire, celle des chaînons occidentaux des Baronnies.

Nos sources

  • Fiche du château : datation des XVe et XVIe siècles, inscription partielle au titre des monuments historiques par arrêté du 25 septembre 1980, propriété privée. Extraite par nous de l'export officiel de la base Mérimée du ministère de la Culture, le 25 août 2026. https://www.pop.culture.gouv.fr/
  • Formes anciennes du nom de 1278, 1284 et 1644 et étymologie sur mons et Jovis, rôle de chef-lieu du hameau de La Paillette au confluent du Lez et de la Veyssanne avec sa mairie, son école, son bar-restaurant et sa boulangerie-épicerie, remaniement classique du château au XVIIIe siècle, église Saint-Étienne du XVIe siècle et ancien prieuré séculier, appartenance au bassin versant du Lez affluent direct du Rhône, productions de champignons, lavande, ovins, porcins et apiculture, passage de douze exploitations en 1998 à dix en 2010 et de 284 à 329 hectares de surface agricole, population de 1841 à aujourd'hui : notice encyclopédique de la commune, consultée le 25 août 2026. https://fr.wikipedia.org/wiki/Montjoux
  • Parc naturel régional des Baronnies provençales sur les deux points relevés, ZNIEFF de type 2 des chaînons occidentaux des Baronnies sur la montagne de Mioufaux, absence de site Natura 2000 et de réserve : API Carto de l'IGN, couches nature, interrogée par nous en deux points le 25 août 2026. https://apicarto.ign.fr/api/doc/nature
  • Quinze poteaux de randonnée et un panneau d'information avec leurs noms, position du château, de l'église Saint-Étienne, du temple, du monument aux morts, de la croix de chemin, des ruines du sud, de la boulangerie-épicerie, des restaurants Chez Josette et Relais du Serre, du Restaurant La Paillette enregistré comme vacant, de l'école, de l'aire naturelle du Lez, montagne de Lusset, Pié Rond, Rachas et montagne de Mioufaux, horaires de la mairie : OpenStreetMap, tags bruts relevés par nous le 25 août 2026. Distances routières : moteur OSRM depuis la mairie, calculs faits par nous, deux destinations écartées pour cause d'itinéraire finissant sur un chemin. https://www.openstreetmap.org/copyright
  • Pôle de référence à Valréas dans le Vaucluse et liste des communes limitrophes : nos données de voisinage, construites à partir des contours IGN et des temps de trajet routiers. https://geo.api.gouv.fr/
  • Photographies du pigeonnier et de l'église, du lavoir de La Paillette et des cerisiers en fleurs : Wikimedia Commons, catégorie « Montjoux », consultée le 25 août 2026. https://commons.wikimedia.org/wiki/Category:Montjoux

Ce que nous n'avons pas pu établir : l'identité des ruines du sud de la commune ; la date du déplacement du chef-lieu vers La Paillette ; l'étendue exacte de la protection du château, la fiche disant seulement « partiellement » ; l'existence réelle d'un sanctuaire antique à l'origine du nom ; et l'état d'ouverture actuel des restaurants. Signalez-nous une erreur.